archeoprovence

communes

La commune actuelle rassemble plusieurs anciennes communes et communautés médiévales. C’est d’abord Lagremuse qui est rattaché au Chaffaut en 1867, puis Saint-Jurson en 1962 et Espinouse en 1973. Si Le Chaffaut, Lagremuse et Saint-Jurson étaient, sous l’Ancien Régime, dans le diocèse de Digne, Espinouse faisait partie de celui de Riez. D’autre part, à partir de la Révolution, Le Chaffaut et Lagremuse font partie de l’arrondissement de Digne, tandis que Saint-Jurson et Espinouse sont dans le canton de Mezel.

LE CHAFFAUT

Le lieu apparaît à la fin du XIe siècle, entre 1064 et 1079 in Katafulcho (Atlas, p. 170). Il est ensuite cité par les Pouillés du diocèse de Digne en 1351 (p. 257) avec un cappellanus de Cadafalco qui possède un revenu de 11 livres tandis que la prébende s’élève à 20 livres. Cette prébende revenait à cette époque au sacristain de Digne. Emile Isnard (p. 297-298) cite un texte de 1320 où celui-ci perçoit annuellement la dîme du Chaffaut, decima Cadafalci. Le chapelain est encore cité en 1376 (p. 256). On ne connaît la titulature de l’église paroissiale que lors de la visite de l’évêque de Digne le 31 octobre 1683, saint Barthélemy, mais sans être assuré s’il s’agit du titulaire originel (1). Elle est citée accompagnée du cimetière. Une seule visite pastorale du 28 mars 1860 signale deux chapelles rurales en mauvais état. Il n’en plus fait mention par la suite, sans doute à cause de leur complet abandon et ruine. Deux indices cependant peuvent nous mettre sur la voie. C’est d’abord un oratoire de St Pierre indiqué par les cartes IGN modernes à 1 km au sud du Chaffaut, ainsi qu’un moulin dit de St Pierre situé à 600 m au SE du village. Ce saint Pierre pourrait être le premier titulaire de la paroisse. Un autre lieu-dit, St Antoine, au Plan du Chaffaut pourrait évoquer également un ancien lieu de culte. L’évêque de Digne en 1683, la carte de Cassini et l’abbé Féraud ne font aucune mention d’un édifice quelconque.

SAINT-JURSON

Au moment d’être rattaché au Chaffaut en 1962, Saint-Jurson ne comptait plus que 9 habitants. C’est durant le XIVe siècle que la population fut la plus importante, 15 feux en 1315, soit 75 habitants. En 1471, le territoire est déclaré inhabité. En 1765, il compte 46 habitants et 62 en 1851 (Atlas, p. 196). Il faut reconnaître que la commune ne comprenait que 353 hectares  et ne pouvait accueillir un plus grand nombre d’habitants. Elle est située à l’est de celle du Chaffaut en limite avec la commune de Digne et de Gaubert..

98. Le prieuré-cure Saint-Georges de Sargan

Saint-Jurson tire directement son nom de saint Georges, comme la commune de Saint-Jurs dans le canton de Moustiers. Il apparaît à la fin du XIIe siècle, en 1171, dans une bulle du pape Alexandre III invitant l’évêque de Digne à réprimer les vexations dirigées par Guy de Gaubert contre les habitants de Saint-Georges. Une autre bulle du pape Honorius III datée du 4 janvier 1225 réitère cette recommandation. Ces deux bulles sont reproduites dans le tome 2 du cartulaire de Lérins. En 1259, nous avons la confirmation de cette appartenance à Lérins, par le pape Alexandre IV, in diocesi Diniensi, castrum Sancti Georgii et ecclesiam ejusdem castri, cum omnibus pertinentiis suis. C’est le seul prieuré appartenant à cette abbaye qui est situé dans le diocèse de Digne d’alors (2). L’église est d’ailleurs tenue par un prieur comme l’atteste les Pouillés de Digne en 1351 et 1376, prior Sancti Georgii. C’est lors de l’enquête de 1252 que nous apprenons que le castrum de Saint-Georges est dit de Sargan, castrum de San Jurs de Sarganio. Le seigneur en est Guillaume le Gros de Galbert, seigneur de Galbert, Saint-Jurson, Moriez et Méailles, de la même famille que celui rencontré en 1171 et 1225 (Enquêtes n° 497 et note 3, p. 346). Selon Abbayes et Prieurés le prieuré de Saint-Jurson est uni en 1407 à celui de Clumanc dans le diocèse de Senez. C’est ce qui a entraîné une erreur de localisation. C’est ainsi que dans le CL 2, p. 6, Saint-Jurson figure dans le diocèse de Digne, mais page cv, il est recensé dans le diocèse de Senez, erreur répétée par Atlas (p. 196).

L’église paroissiale est bien entendu sous la titulature de saint Georges. Lors de sa visite pastorale en 1683 Mgr Le Tellier reconnaît que le prieuré de Saint-Jurson est desservi par un prêtre du diocèse de Riez et que son église est dédiée à  Saint-George de Sergon (3). L’abbé Féraud (p. 105) rappelle qu’elle était anciennement un prieuré-cure desservi par un curé, dont les moines de l’abbaye de Lérins, étaient les collateurs. L’église n’était pas située dans le hameau de Saint-Jurson, mais à 1250 m au NE. La carte IGN signale St Georges chapelle ruinée et la carte de Cassini, au même endroit une chapelle en état dite St Georges. L’enquête sur les lieux de culte de 1899 nous délivre la dernière information : dans la petite commune de St Jurson une vieille église aujourd’hui en ruine (1880) a été remplacée par une chapelle autorisée par le seul usage depuis 1810. La Ste messe y est célébrée le 23 avril et le dimanche suivant de chaque année. On y fait en outre les baptêmes, les mariages, les relevailles, les enterrements pour les habitants de la commune. La première église Saint-Georges a ainsi été remplacée par une nouvelle dans le hameau en 1810 et elle est reconnue en ruine en 1880.

LAGREMUSE

Malgré ses 1745 hectares, la population n’a jamais pu dépasser les 270 habitants. En 1471, après les guerres et les épidémies, le territoire est dépeuplé. Féraud (p. 53) recense seulement cinq maisons de campagne composant 66 âmes, il n’y a pas de hameaux. En 1867, la commune est rattachée à celle du Chaffaut.

99. L’ancienne église castrale et la chapelle rurale

Les Pouillés de Digne en 1351, comme pour Le Chaffaut, recensent un cappellanus de Lagramusa et la prebenda de Lagramusa. Cette dernière devait revenir au sacristain de la cathédrale de Digne, car Lagremuse  est associé au Chaffaut. En 1376, c’est le même chapelain qui dessert les deux paroisses. Mais Lagremuse est néanmoins un castrum comme indiqué lors de l’enquête de 1252 : castrum de Lagremusa (n° 542, p. 354). Féraud (p. 53) date le château du XVe siècle et il est remarquable par sa position sur trois rochers qui dominent toute la vallée. On ne connaît l’église paroissiale que lors de la même visite pastorale de 1683 où l’évêque y recense un tableau avec saint Michel, titulaire et sainte Agathe, patronne. Comme bien souvent, c’est le patron qui va détrôner le titulaire. En effet, par la suite c’est sainte Agathe qui devient la titulaire de l’église. C’est ce que confirment l’abbé Féraud et les visites pastorales du XIXe siècle. Féraud ajoute même que cette église n’était au départ qu’une chapelle castrale contigüe au château, devenue par la suite paroissiale. Elle est mentionnée lors des visites pastorales du XIXe siècle, une chapelle au château en 1866. Mais une autre chapelle est signalée, d’abord en 1860, une chapelle rurale dégradée et non fermée. Sa ruine est imminente car en 1872, il n’y a pas de chapelle rurale. Il est probable qu’il s’agit de la Chapelle de Lagremuse signalée par une croix par la carte IGN moderne à 150 m au SE du village ruiné de Lagremuse.

Synthèse

Le prieuré Saint-Georges de Sargan occupe un emplacement désertique, isolé, loin de toute habitation. Quand il apparaît en 1171, il existe déjà et ne fait pas partie d’un castrum ; c’est seulement un prieuré, mais dont l’église dessert les habitants. Cette position permet de le classer parmi les premières paroisses créées au XIe siècle, bien souvent par des moines, ici ceux de Lérins.


(1) ADAHP 1 G 5, f° 71 r°-73 v°, visite pastorale du Chaffaut de 1683.

(2) CL II, n° CII, p. 167-168 et CIII, p. 169 pour 1171 et 1225. CL II, n° IV, p. 6 pour 1259.

(3) Visite du 1e octobre 1683, ADAHP, 1 G 5.

0
0
0
s2smodern

Faisait partie du diocèse d’Apt et de la viguerie de Forcalquier, aujourd’hui dans le canton de Reillanne. La commune est située à l’ouest du département en limite avec celui du Vaucluse. Placé sur la via Domitia le territoire a livré de nombreux sites antiques et il est probable que la station romaine de Catuiacia  y était située (CAG, n° 045, p. 126 à 129). Le Moyen Age est également bien représenté, puisqu’on y rencontre les abbayes de Saint-Victor, de Montmajour et de Saint-André de Villeneuve. Saint-Victor hérite en 1103 du prieuré de Notre-Dame de Beauvoir et de Saint-Michel, situé à Cezeresta, donné par l’évêque d’Apt Laugier II, puis en 1221 l’évêque Geoffroi II confirme l’union de l’église Notre-Dame de Bresis au prieuré de Céreste afin qu’un seul prieur gouverne les deux églises (1). C’est l’église de ce prieuré qui deviendra l’église paroissiale, ne gardant à l’époque moderne que la titulature de saint Michel.

95. L’église Saint-Sauveur du Pont

Cette église est citée par les Pouillés au XIVe siècle : rector ecclesie S. Salvatoris pontis Cezeriste (2) Abbayes et Prieurés (p. 28) ajoutent que le prieuré Saint-Sauveur dépend de Saint-André de Villeneuve. Les sources sont muettes sur ce prieuré qui semble avoir disparu très tôt. Seule la CAG en fait mention (n° 045, p. 128) situant la chapelle médiévale disparue de Saint-Sauveur-du-Pont au lieu-dit Saint-Sauveur-Les Astiés. C’est là, au sud du confluent du Calavon et de l’Encrème, que pourrait se situer la mutatio de Catuiacia. L’attribut le Pont donné à ce prieuré évoque le franchissement du Calavon sur l’antique voie romaine encore empruntée au Moyen Age. Les moines de Saint-André y percevaient peut-être un péage et continuaient sans doute la fonction de la mansio romaine par l’accueil des voyageurs.

96. Le prieuré de Carluc

Le site du prieuré a fait l’objet de plusieurs études et publications auxquelles nous renvoyons le lecteur (3). Ce prieuré apparaît en 1011, lors de la fondation du monastère d’Estoublon. Une famille de Riez fait don au père abbé Archinric de l’abbaye de Montmajour du territoire d’Estoublon afin d’y construire un monastère. Elle lui donne également le lieu dit saint Pierre Apôtre de Cariloco qui est consacré en l’honneur de saint Pierre  Apôtre (4). Pendant une centaine d’années, Carluc sera un monastère à part entière avec sous sa dépendance une quinzaine de prieurés ruraux. Puis entre 1114 et 1118, il est rattaché directement à Montmajour. Le site de Carluc présente l’église Saint-Pierre datée du XIIe siècle, mais ayant subi quelques remaniements et réparations au cours des siècles.  Elle se prolonge par une galerie aménagée dans le roc où ont été creusées des banquettes et des tombes anthropomorphes. On en retrouve également aux abords. Les auteurs qui ont étudié le site pensent que ce lieu a pu être déjà occupé durant le haut Moyen Age par quelques ermites. Il est clair d’autre part que lors de la donation de l’an 1011 le site dit loco sancto Petro existait déjà et ne désignait pas seulement un édifice dédié à saint Pierre mais un lieu aménagé. Collier évoque un sanctuaire plus ancien qui a dû précéder le prieuré comme l’indique une plaque funéraire au nom de Crescentia mise à jour dans la galerie funéraire. D’autre part, la présence d’une source près de la crypte, évoque aussi l’idée d’une divinité aquatique christianisée, ou, encore, d’une eau miraculeuse.

97. La chapelle Saint-Georges

Cette chapelle dédiée à saint Georges n’apparaît que lors des visites pastorales du XIXe siècle. Elle est reconnue convenable en 1859 et en 1866 l’encoule (contrefort) du nord est à construire et le sanctuaire à blanchir. Elle est décrite lors de l’inventaire du 5 février 1906 : chapelle appelée St-Georges construite à 1 km du pays sur le versant d’une colline dans les pins, donnant au nord sur le ravin de l’Encrème, au midi sur le chemin conduisant à la route d’Apt. Une seule nef, clocher campanile avec une petite cloche (5). L’abbé Féraud (p. 378) confirme cette situation, elle est située à l’extrémité du territoire sur la rivière du Calavon et est bâtie sur un souterrain que l’on croit être un ancien aqueduc. Il ajoute : la fête patronale du lieu est saint Georges que l’on célèbre le dimanche qui suit le 23 avril. Cette chapelle qui n’est pas citée à la fin du Moyen Age a pu être élevée après les grands fléaux des XIVe et XVe siècles. Chapelle de protection, Georges, son titulaire, est devenu le nouveau patron de la paroisse, comme dans bien d’autres lieux.

Synthèse

Le prieuré de Carluc offre toutes les marques d’antiquité et les historiens n’hésitent pas à le faire remonter au haut Moyen Age si ce n’est encore plus haut,  à l’époque de la christianisation.


(1) Abbayes et Prieurés, p. 28. GCN, I, Apt, col. 232-233 et Inst. Apt, X, col. 134-135. L’abbé Féraud dans ses Souvenirs religieux (p. 35) fait une erreur en affirmant que Notre Dame et Saint-Michel sont deux églises distinctes. Par contre il ajoute avec justesse, qu’ayant cessé d’être régulier, le prieuré est érigé en cure en l’an 1618 par l’évêque d’Apt Jean Pélissier.

(2) GCN, I, Apt, n° XV, col.139.

(3) En particulier, dans Provence Romane 2, par Guy Barruol, p. 187 à 232. Collier, p. 97. 406-407. Le prieuré de Carluc, Alpes de Lumière, n° 68.

(4) Texte fourni par Papon II, Preuves IV. Concedimus Abbati predicto vel ejus Monachis, de loco sancto Petro Apostolo Cariloco, qui est consecratus in honore ipsius sancti videlicet Petri Apostoli.

(5) Visites de 1859 et 1966 (ADAHP 2 V 90). Inventaire (1 V 67).

0
0
0
s2smodern

Faisait partie du diocèse de Glandèves et de la viguerie d’Annot, aujourd’hui dans le canton d’Entrevaux. Le village perché domine le cours du Var entre Daluis et le Pont de Gueydan. La commune s’étend sur 2325 hectares auxquels il faut ajouter les 3066 hectares de l’ancienne commune d’Aurent rattachée en 1961. La paroisse d’Aurent, à l’époque moderne, est sous le titre de saint Pons. Elle est citée par les Pouillés en 1376 (p. 266), ecclesia de Aurento, mais sans sa titulature et fait partie des bénéfices de l’évêché de Glandèves. Lors des visites pastorales de 1858 et 1876, il est dit qu’il n’y a aucune chapelle rurale et il n’en a jamais existé.

93. La chapelle Sainte-Madeleine du Castellet

Cette chapelle, en très bon état, est située à l’extrémité ouest du village et semble faire concurrence à l’église paroissiale bâtie au centre de l’agglomération. Elles ne sont distantes l’une de l’autre que de 200 mètres. La paroissiale, sous le titre de saint Pierre et de saint Paul est selon Collier (p. 116) et Alpes Romanes (p. 48-50) d’art roman tardif, XIIIe ou XIVe siècle. Elle dépendait de l’abbaye bénédictine de Saint-Dalmas de Pedona, en Piémont. Il s’agit de l’église du castrum citée par les Pouillés en 1351, ecclesia Castelleti de Salcis et en 1376 ecclesia de Casteleto Salsarum (p. 262 et 264). La chapelle Sainte-Marguerite est aussi, selon Collier (p. 137), d’époque romane, sans doute XIIIe avancé. La première citation que nous ayons rencontrée remonte au 31 août 1513 lors de la collation de la chapelle de Ste-Marie-Madeleine sise hors les murs castri Salsarum (3 G 1).

Nous nous trouvons donc en présence de deux édifices apparemment contemporains, faisant double emploi et en concurrence. Un indice d’antériorité de cette chapelle sur l’église paroissiale est donné par le patronage exercé par sainte Madeleine sur la paroisse. Féraud rapporte (p. 314) que le patron est sainte Magdeleine dont on fait la fête avec bravade le 22 juillet. C’est ce que confirme l’enquête sur les lieux de culte de 1899 : chapelle Ste Madeleine du XIVe siècle, usage antique. Messe unique à la fête patronale, fermée le reste de l’année. Elle est signalée à chaque visite pastorale du XIXe siècle, de 1846 à 1895. En 1846, la toiture a besoin d’être réparée et en 1892 elle a été récemment restaurée. Collier (p. 137) ajoute qu’elle a été également restaurée vers 1967. En fonction de ce patronage et de son architecture, il est possible d’avancer que cette chapelle soit antérieure au castrum et à l’église paroissiale. Elle est de plus en milieu ouvert, non protégée, alors isolée, le village s’étant étendu jusqu’à elle au cours des dernières années. Il peut s’agir d’une fondation des XIe-XIIe siècles, avant la création du village fortifié à proximité.

94. Notre-Dame du Moustier ou du Mousteiret

Les Pouillés, en même temps qu’ils citent l’église du Castellet de Salcis, en nomment une autre, l’ecclesia Mosteyreti de Salsarum (1351) et l’ecclesia Mostayreti de Salcis (1376). Féraud rapporte que les habitants l’attribuent à un couvent des Templiers. L’Atlas Historique par contre (carte n° 75), place cette église sur la commune de Sausses, lui donnant comme titulaire Notre Dame, le prieuré dépendant comme celui de Sausses de l’abbaye Saint-Dalmas de Pedona. Après 1376, plus de mention de cette église. Elle réapparaît seulement en 1870, dépendant d’Enriez, hameau situé près du Var érigé en paroisse en 1843 selon Féraud. Elle est qualifiée de chapelle rurale située au Mousteiret. Elle est encore citée, sans commentaire, en 1891, 1892, 1893 et 1895. Mais le 17 novembre 1919, sur la paroisse d’Enriez, il n’y a pas de chapelle rurale. Elle est alors en ruine. Nous avons pu la retrouver au début des années 1970, enfouie dans un bosquet d’arbres et de végétation. Elle est située sur la commune du Castellet en limite avec la commune de Sausses, dans le quartier des Moustiers, à l’aplomb du Ravin de la Gourre dans lequel l’abside était déjà tombée. Il en subsistait seulement des murs  d’à peine 1 mètre de hauteur et de 0,40 m d’épaisseur. Dans le talus en effondrement, des ossements humains se découvraient lors des éboulements. L’édifice est parfaitement orienté vers l’est, mais sans connaître la nature du mur de chevet, celui-ci ayant disparu.

300 mètres à l’est de la ruine, sur la commune de Sausses, de l’autre côté du ravin de la Gourre, s’élèvent quelques bâtiments formant un minuscule hameau appelé la Bastide. L’Atlas Historique (p. 199) y situe l’ancienne communauté médiévale de La Bastide de Sausses. Nous avons cherché en vain l’origine de cette assertion. Il est probable que l’église du Mousteiret avec son cimetière était alors la paroisse desservant cette communauté.

Synthèse

La chapelle Sainte-Madeleine, malgré sa proximité avec le village, semble bien avoir précédé l’église du castrum. Quant à celle du Moustier, c’est l’exemple typique d’un édifice isolé pour desservir une petite communauté d’habitants dispersée.

0
0
0
s2smodern

Faisait partie du diocèse et de la viguerie de Riez, aujourd’hui dans le canton des Mées. Au nord de Valensole, la commune occupe une superficie de 1887 hectares sur le plateau de Valensole, arrosée par deux torrents, l’Asse et le Rancure près duquel est établi le village du Castellet (1). Le castrum du Castelletum apparaît au début du XIIIe siècle avec la dénomination d’Antravenis pour le distinguer des autres Castellet. Les Pouillés de 1274 (p. 106) nous font découvrir trois établissements religieux avec un vicarius Castelleti, un prior Sancti Petri de Castelleto et un prior de Taillas. Le vicaire dessert l’église paroissiale dédiée à saint Pierre dont on remonte la construction à 1622 (Atlas, Féraud). Il faut peut-être alors comprendre que cette nouvelle église a remplacé celle du castrum situé à Villevieille, où, selon Féraud (p. 193), il y avait un vaste et beau château dont il ne reste plus que les décombres.

90. Le prieuré Saint-Pierre

Ce prieuré, sous le titre de saint Pierre, est signalé dépendant de l’abbaye Saint-André de Villeneuve par Atlas (carte n° 75), et Abbayes et Prieurés (p. 62). La première mention remonte à 1274 par les Pouillés, prior Sancti Petri de Castelleto (p. 106). Abbayes et Prieurés ajoute que le prieuré fut uni à l’infirmerie au XIIIe siècle (p. 62). Dans le compte des décimes de l’année 1351, l’ecclesia Sancti Petri de Antravenis, identifiée par l’auteur des Pouillés (p. 111) comme étant Saint-Pierre, près le Castellet, est considérée comme une église secularium et non monacorum. On ignore la date de fondation de ce prieuré dépendant de l’abbaye bénédictine Saint-André de Villeneuve, les revenus étant attestés aux XIIe et XIIIe siècles (SAV, p. 217). Il est intéressant de noter que l’église paroissiale du Castellet est, elle aussi, sous la titulature de saint Pierre. Il est probable que le prieuré soit alors l’église pré castrale du territoire et que sa titulature se soit transmise, comme bien souvent, à l’église du castrum construite par la suite.

Achard signale le prieuré comme rural : il y a un Prieuré rural sous le titre de S. Pierre. Il est également cité par Cassini (n° 153) avec une chapelle en état. Curieusement, l’abbé Féraud n’en parle pas. Pourtant, la chapelle est encore en état en 1888, une chapelle près du village, à St-Pierre patron du lieu et en 1891, une chapelle rurale à 1 kil, St-Pierre. L’année suivante, il faut la réparer et le 19 novembre 1894, la chapelle de St-Pierre : les réparations demandées et indispensables n’ayant pas été faites, nous déclarons de nouveau qu’aucune cérémonie religieuse ne pourra y être faite jusqu’après des réparations convenables (2 V 93-94). Il n’en est fait plus aucune mention par la suite, les réparations n’ayant pas été effectuées, la chapelle du prieuré tombe en ruine. Il n’en reste plus, sur les cartes modernes, que la mention le Prieuré, Anc. Chap. et une abside de facture romane intégrée à un hangar agricole abandonné (2). Il est situé au confluent du torrent de Puimichel et du torrent de Rancure, à 1 kil au NE du village.

91. Le prieuré rural Saint-Pierre de Taillas

Taillas réunit un château et un domaine qui s’étend le long de l’Asse, à plus de 5 km au sud du village du Castellet. Au Moyen Age il constituait un fief distinct comptant 5 feux en 1315 (Atlas, p. 169). Une occupation antique se révèle à proximité du château par la présence d’une villa relativement importante. Le domaine de Taillas pourrait avoir des origines antiques (CAG, n° 041, p. 125). En outre, une voie antique présumée venant de Bras d’Asse, suivait la rivière par la rive droite, passait par Taillas pour rejoindre la Durance. La communauté médiévale de Taillas, répartie en fermes dans la campagne était desservie par une église dédiée à saint Pierre. Elle est citée par les Pouillés vers 1350 avec un prior de Teillars, puis en 1351 avec une ecclesia Sancti Petri de Telhars. Bartel confirme cette titulature, prieuré rural Saint-Pierre, mais le place sur la commune de Brunet (p. 69). Il semble que ce soit un édifice construit près du château. C’est ce que suggère Achard : à Taillas, il y a un prieuré rural sous le titre de saint Pierre. La chapelle continue d’être citée lors des visites pastorales du XIXe siècle. En 1845 et 1865, chapelle rurale de la campagne de Taillas ; en 1888, 1892, une chapelle rurale au château de Taillas ; en 1894, la chapelle est qualifiée de domestique, c’est-à-dire privée.

92. Notre-Dame de Taillas

Quatre lieux-dits Notre-Dame sont encore cités par les cartes IGN modernes. L’un est situé à 1000 m à l’est du château de Taillas, les trois autres au NE du château, à 1000 m et 1500 m, le second signalant une ruine et le dernier dit Notre-Dame de Taillas. La carte de Cassini (n° 153) situe à ce dernier endroit une chapelle en état sous la même appellation. Deux problèmes surgissent au sujet de ce Notre-Dame. D’abord la carte IGN moderne situe Notre-Dame de Taillas et Notre-Dame, ruines sur la commune d’Entrevennes, en limite communale avec la commune du Castellet. En deuxième lieu, aucune mention n’est faite de cette chapelle, à aucune époque de l’histoire, aussi bien sur la commune du Castellet que sur celle d’Entrevennes. Elle existait pourtant bien à l’époque de la carte de Cassini puisqu’elle y figure. Son origine reste obscure jusqu’à ce que d’autres témoins puissent nous en apprendre davantage.

Synthèse

Il est probable que le prieuré Saint-Pierre du Castellet soit la première paroisse du territoire avant l’élévation d’une nouvelle église dans le village fortifié, qui reprend d’ailleurs la même titulature. Le domaine de Taillas, après avoir été le siège d’une villa romaine, a pu perdurer lors de la période carolingienne puis reprendre vie au début du XIe siècle. Le domaine et la campagne alentour étaient vitalisés par une église élevée près du domaine.

 

 


(1) GCN, I, diocèse de Riez, col. 560. Enquêtes de 1252, n° 568, p. 359.

(2) Mention fournie par Les Carnets du patrimoine. Haute Provence, Vaucluse, Guides Massin, 2000, p. 220. Lors de notre visite du 11 octobre 2008, nous avons constaté que l’abside a été restaurée et fait partie d’une maison d’habitation.

0
0
0
s2smodern

Faisait partie du diocèse de Gap et de la viguerie de Digne, aujourd’hui dans le canton de Digne Ouest. Cette commune est née de la fusion du Castellard et de Mélan en 1973. Elle est située au nord de Thoard dans un milieu montagneux, les deux villages étant à l’altitude de 1000 et 1200 mètres. L’Atlas historique (p. 169 et 183) révèle l’origine du nom des deux villages qui apparaissent au XIIIe siècle (cités par Bouche), Castelarium et Melancum. Les Pouillés sont muets sur les deux églises, mais citent un prior de Vileta  vers 1300 et en 1351 (p. 88 et 93) que l’auteur situe au Castellard. Il peut s’agir de la chapelle Sainte-Madeleine actuelle où l’Atlas historique (carte n° 72) situe un prieuré de Chardavon (Ste-Madeleine au Castellard dépend de Chardavon). L’abbé Féraud, dans ses Souvenirs Religieux (p. 86) confirme cette appartenance en 1319 en plaçant le prieuré à la Vilette. L’absence de citation d’église paroissiale dans les deux villages à la fin du Moyen Age pourrait donner à penser qu’il existait une seule église paroissiale commune aux deux communautés, celle de la Vilette, devenue par la suite Ste-Madeleine. Elle est d’ailleurs sur les limites communales. La dévotion particulière des deux communautés à cette chapelle pourrait confirmer cette hypothèse.

88. Le pèlerinage des deux communautés à la chapelle Sainte-Madeleine  

L’évêque de Gap, lors de sa visite du 22 avril 1687, remarque sur la route de Melan, chapelle de la Magdelaine, dépendante de la paroisse de Castellar (ADHA, G 786). Lors des visites des évêques de Digne au XIXe siècle, en 1857 et 1865, il y a une chapelle rurale dédiée à Ste Madeleine située sur les confins des deux paroisses de Castellar et de Méolans et leur appartenant par indivis (2 V 87). Enfin c’est l’abbé Féraud qui rapporte qu’au Castellard la fête patronale est sainte Madeleine (22 juillet). Le jour de cette sollennité, on se rend en procession à la chapelle de cette Sainte, sur la limite des deux territoires du Castellard et de Mélan. Il en est de même pour la paroisse de Mélan qui se rend annuellement le même jour en procession à la chapelle (p. 66-68). Ces indications, pèlerinage, appartenance commune par indivis, révèlent que Sainte-Madeleine est l’église-mère des deux communautés. Elle est devenue simple chapelle quand furent élevées deux églises paroissiales, semble-t-il au cours du XVIe ou XVIIe siècle. L’architecture des deux édifices semble bien remonter à cette période.

89. La grotte ermitage et la chapelle Saint-Vincent

C’est en 1865 qu’est citée une chapelle dédiée à saint Vincent, elle est alors convenable. En 1894, elle est à réparer. L’abbé Féraud nous apprend que la chapelle rurale de Saint-Vincent, près de la grotte est l’objet d’une procession ou pèlerinage annuel. Cette grotte porte le nom de Saint-Vincent, à cause du séjour qu’y faisait souvent ce saint apôtre de Digne. La grotte de Saint-Vincent est au levant de la montagne, et à deux heures de Mélan. On n’y arrive que par des chemins scabreux (p. 68). La grotte est encore citée par les cartes IGN modernes, mais la chapelle n’y figure plus. Cette grotte ne fut pas le seul refuge de l’ermite saint Vincent, apôtre de Digne et compagnon de saint Domnin, on le rencontre également à La Robine-sur-Galabre où il aurait séjourné dans un ermitage et laissé son nom à une église, Saint-Vincent de Garbesia.

Synthèse

Curieusement, lorsque sont cités les deux castra au XIIIe siècle, ils ne sont pas équipés d’une église paroissiale, mais par contre les habitants se rendent à mi-chemin, sur les limites communales, à une église dédiée à sainte Madeleine, desservie par les chanoines de Chardavon. Cette église, en milieu ouvert, a pu être édifiée au cours du XIe siècle avant l’enchâtellement et servir de paroisse aux deux communautés.

0
0
0
s2smodern