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Faisait partie du diocèse de Gap et de la viguerie de Sisteron, aujourd’hui dans le canton de La Motte-du-Caire. La commune est située sur la rive gauche de la Durance sur une large terrasse permettant les cultures vivrières. Au-delà, vers l’est, une zone de collines s’étage pour se transformer en véritables montagnes culminant à près de 1500 mètres. Provenant de Sisteron, une ancienne voie qualifiée de strata publica au Moyen Age traverse le territoire et passe au pied de la colline où s’est construit le village. Il s’agit du castrum de Curban mentionné vers 1200 où s’est regroupée la population. Une église, que l’on date du deuxième âge roman, est construite au sommet de la colline sous le titre de l’Assomption de Notre Dame.

134. La première église Saint-Pierre

Au pied de la colline et sur la voie, se dresse encore un bel édifice de l’époque romane classé Monument Historique en 1975. Sous la titulature de Saint-Pierre, il est entouré du cimetière. Parmi les deux auteurs qui en ont fait une description, Jacques Thirion remarque que l’église devait être simplement charpentée à l’origine à cause de la faible épaisseur des murs (1). Pour notre part, nous estimons que si l’église dans son ensemble date du XIIe siècle, elle a pu recouvrir un édifice plus ancien. Le fait qu’il ait d’abord été couvert par une charpente indique les Xe-XIe siècle, la voûte ne devenant systématique qu’à partir du XIIe siècle. D’autre part, le mur sud présente à la base un appareil de galets disposés en lits qui renvoie également au premier âge roman. Cette église, bien orientée, est implantée en milieu ouvert, non défensif, près d’un ruisseau, sur la voie et antérieure au castrum. Elle correspond à l’une de ces premières églises rurales, mais sans connaître qui l’a fondée et à quelle date.

135. Le prieuré Notre-Dame du Pin

S’il n’y a pas de doute sur son appartenance à l’ordre de Saint-Jérôme à partir du XIVe siècle, à l’origine, il aurait été créé par les bénédictins de l’Ile Barbe de Lyon puis serait passé dans les mains de l’abbaye de Psamoldy dans le Gard. C’est ce qu’indiquent certains auteurs (2). Cependant l’abbé Fillet est formel, le prieuré du Pin est mentionné par le cartulaire de l’Ile barbe à la fin du XIIIe siècle (3). L’un des auteurs ne signale pas l’Ile Barbe mais reconnaît que l’abbaye de Psamody le détenait depuis 1230 (4). Le hameau du Pin qui regroupe quelques fermes, attirait à lui d’autres fermes proches établies sur la première terrasse dominant la Durance, terre fertile et aisée à mettre en valeur par sa large surface plane. Si le cimetière a disparu, l’édifice subsiste encore, servant encore quelquefois au culte. Qualifié d’église au XVIIe siècle, il deviendra simple chapelle par la suite, seule la cuve baptismale rappelle son ancien statut. C’est un petit édifice à chevet plat de 34 m² aux murs épais de 0,75 m insuffisants pour soutenir une voûte, ce qui a nécessité la pose de tirants en fer. Seule l’orientation vers le sud ne correspond pas aux données habituelles, à moins que sa fondation ne soit antérieure au Xe siècle, époque où l’orientation vers l’est n’était pas systématique (5). L’église est sous le titre de Notre-Dame de l’Immaculée Conception.

136. L’ermitage de Saint-Jérôme

L’ordre des Hiéronymites ou Frères ermites de Saint-Jérôme fut fondé en 1372 en Espagne. Leur unique prieuré en France fut celui de Curbans établi en 1396 par une bulle de Benoît XIII. L’ermitage était à l’écart, au fond et en haut de la gorge étroite du torrent de l’Usclaye, au pied de la montagne de Malaup. Les ermites y avaient construit des cellules, une chapelle et un cimetière réservé à leur usage. Les cartes IGN modernes signalent le lieu-dit St-Jérôme à l’altitude de 1165 m. L’endroit sauvage et désertique était favorable à la solitude érémitique mais impropre à toute culture. Aussi, il leur fut attribué le domaine du Pin pour subvenir à leurs besoins. Ils assuraient en contrepartie le service religieux de l’église. Ils le gardèrent jusqu’en 1608 où par ordonnance épiscopale de l’archevêché d’Embrun, le prieuré de ND du Pin, ordre de St-Jérôme, est affecté, ainsi que ses revenus, à l’œuvre du séminaire diocésain (ADHA, G 853). C’était la fin des ermites de Saint-Jérôme en France. Le domaine du Pin consistait en l’église et le cimetière, deux maisons, une grange, un régale, une terre appelée la Condamine, pré, vigne, jardins, le tout joint ensemble. Vendu à la Révolution, l’ancien ermitage fut vandalisé par le propriétaire. En quête de trésor, il renversa les pans de murs subsistants, fouilla le cimetière et jeta les ossements dans le ravin. Aujourd’hui, il ne subsiste plus que le nom du quartier où les ermites s’étaient retirés (6).

137. La chapelle du Col de Blaux

Un hameau va prendre au cours du XVIIe siècle de plus en plus d’importance, celui du Col de Blaux. A tel point que le 6 novembre 1716 est passée une convention par devant Me Hodoul notaire à la Motte du Caire, d’après laquelle les habitants du Col de Blaux, hameau de Curbans, s’engagent à entretenir à perpétuité une chapelle fondée sous le titre de saint Joseph et de saint François (ADHA, G 953). Ce hameau est perché à 1093 mètres à un col qui fait communiquer le Val de Durance au Grand Vallon où sont établis les villages de Faucon-du-Caire, du Caire et de la Motte-du-Caire. En 1880, il existe 62 habitants avec 4 garçons et 7 filles qui sont enseignés dans une école temporaire. Elle sera fermée en 1912. La chapelle menace déjà ruine en 1857 et l’évêque demande que les habitants auront à faire les réparations projetées sous peine d’interdit avant le 1er juin 1858. Rien n’ayant été fait, le 14 septembre 1867 l’évêque la déclare interdite (2 V 89 et 93). Les ruines subsistantes des maisons et de la chapelle ont été entièrement rasées par la municipalité en 1997.  

Synthèse

Le site de l’ancienne église Saint-Pierre, au bord de la voie, est antérieur au castrum qui lui a succédé sur la colline. Sa fondation date au moins du début du XIe siècle.


(1) THIRION Jacques, Alpes Romanes, Zodiaque, 1980, p. 386-390 (photos p. 112-113). COLLIERp. 62.

(2) ATLAS, carte n° 75. La carte indique les deux couvents successivement.

(3) FILLET L. Abbé, L’ile Barbe et ses colonies du Dauphiné, Valence, 1895-1905, p. 93. Références du cartulaire : p. 174, 177, 184 et 286.

(4) ANDRIEU A., Les ermites de Saint-Jérôme de Curbans, BSSL des BA, T. XX, 1924-1925, p. 66-69 et 140-144. Voir également LAPLANE Edouard de, Histoire de Sisteron, Digne, 1843, T. I, p. 272-273 qui leur attribue également le domaine du Gaure à Sisteron.

(5) Ce n’est qu’à partir du XIe-XIIe siècle que l’orientation des églises vers l’est deviendra quasi systématique, à part les cas où la disposition du terrain ne le permettait pas. C’est le fait de l’église du village de Curbans perchée sur une arête rocheuse orientée à 40 °.

(6) Sur cet ermitage. ANDRIEU A., « Les ermites de Saint-Jérôme de Curbans », BSSL, T. XX, 1924-1925, p. 66-69. LAPLANE E. Histoire de Sisteron, Digne, 1843, T. I, p. 272-273. CHAILLAN Abbé, manuscrit dans les comptes de Fabrique de Curbans (ADAHP).

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Faisait partie du diocèse de Sisteron et de la viguerie de Forcalquier, aujourd’hui dans le canton de Saint-Etienne-les-Orgues. Le territoire de la commune s’étend sur une partie de la pente sud de la montagne de Lure. D’une superficie de 3647 hectares, elle n’a jamais dépassé les 650 habitants. La première mention remonte à 1060-1064 où l’ecclesia sancti Martini est établie dans le Crois castrum (CVS 2, n° 660, p. 6 à 8). Cruis, depuis le milieu du XIe siècle, est une communauté de chanoines réguliers de Saint-Augustin qui va être élevée au rang d’abbaye vers 1200 (1). C’est autour d’elle que va se créer le village. Une seule chapelle rurale est signalée dans le terroir.

133. Chapelle Croix de Lumière, lieu d’apparition et de pèlerinage

Cette chapelle est dite ND des Lumières par la carte de Cassini (n° 153). Elle est située à l’est du village, aujourd’hui sur l’ancienne route menant à Mallefougasse. C’est près d’elle qu’est signalée une voie antique de 10 mètres de large (CAG, n° 065, p. 144). Elle a été élevée suite à l’apparition d’une croix de lumière à un habitant accompagné de ses deux mulets. Au XIXe siècle, le vocable de la chapelle est simplement Croix de Lumière et elle est décente. L’enquête sur les lieux de culte de 1899 apporte un renseignement capital : chapelle de Ste Croix à 2 km (1682) sur le lieu d’une apparition de la Croix. Messe et Vêpres avec procession le 3 mai et 14 septembre. L’inventaire de 1906 varie quelque peu sur la date de construction : chapelle de Croix de Lumière, à 1 kil. sur la route de Mallefougasse, chapelle érigée en 1684 (2) . En fait le linteau de la porte d’entrée indique la date de 1682. L’édifice est construit sur un terre-plein aménagé, en retrait de la route, orienté à 340°. 10,00 x 6,80 m, mesures extérieures. Entièrement crépi, on remarque cependant le chaînage d’angle en pierres de taille. Porte d’entrée formée d’un linteau surmonté d’un entablement, piédroits en pierres de taille dont les queues sont noyées dans la maçonnerie, au droit du nu du mur. Fenestron à droite. Au-dessus de la porte, croix en fer forgé avec un cœur au centre, les extrémités des bras en forme de trèfle. Petite ouverture sous le faîte en berceau. Génoise à deux rangs, toit en tuiles. Le 3 mai est la fête de l’Invention de la Sainte-Croix et le 14 septembre celle de l’Exaltation de la Sainte-Croix.

Synthèse

Curieusement Cruis ne révèle aucune fondation antérieure au deuxième millénaire malgré sa bonne situation géographique et sur voie de passage importante.


(1) Féraud, Souvenirs religieux, p. 82 à 85. Notice sur l’église romane et le cloître, Provence Romane 2, p. 233-234. Abbayes et Prieurés, p. 68-69.

(2) Visites pastorales de 1859 et 1863 (2V 91) ; de 1888 (2 V 93) ; de 1893 (2 V 94). Inventaire du 8 février 1906 (1 V 67).

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Faisait partie du diocèse d’Aix et de la viguerie de Forcalquier, aujourd’hui dans le canton de Manosque Sud-Est. En limite sud du département et mitoyenne avec le Vaucluse, la commune s’étend sur la rive droite de la Durance à une altitude moyenne de 300 mètres. Elle est composée d’une zone de terrasses bordant le fleuve et d’une zone de coteaux boisés. D’une superficie de 2888 hectares, elle a connu un dépeuplement complet à la fin du Moyen Age qu’il a fallu compenser par un repeuplement de Piémontais. Rocham Corbariam apparaît au début du XIe siècle (Atlas, p. 172). En 1060, Stephanus presbiter de Corberia fait don à l’abbaye de Saint-Victor d’une parcelle de terre qui ne semble pas être située à Corbières. L’abbé Féraud fait état d’une bulle du pape Alexandre III en 1159 qui confirme la possession de Corbières à l’abbaye Saint-André de Villeneuve (p. 367). C’est en 1165 que Pierre IV archevêque d’Aix confirme à la même abbaye l’ecclesia de Corberia (GCN I, Inst. col. 12)  Le prieuré de Corbières va être cédé très tôt à l’abbaye cistercienne de Valsaintes puisqu’en 1191, le père abbé de Valsaintes, Etienne, acquiert le tiers de la seigneurie du lieu de Corbières. C’est le père abbé Benoît Bonajusti qui en 1566 abandonne les droits de l’abbaye sur Corbières en échange de la seigneurie de Montsalier (1).

Nous n’avons pas trouvé de référence au castrum,  mais en 1236, un certain W. de Rochacorba, chevalier, est cité comme témoin (2). L’église est citée au XIVe siècle dans les comptes de décimes, ecclesia de Roca corberia, 31 sous (3). Ce n’est qu’à l’époque moderne que nous découvrons la titulature de l’église, saint Sébastien. Il est très probable que ce patronage ait été instauré au XVIe siècle suite aux ravages provoqués par la peste qui décima la population. Sébastien est l’un des principaux protecteurs contre ce fléau, si bien que l’on ignore le nom du premier titulaire. Les visites pastorales de la fin du XIXe siècle (1857, 1862 et 1867) reconnaissent qu’il n’existe pas de chapelle rurale. Pourtant, deux figurent sur la carte de Cassini (n° 153) et existent encore aujourd’hui.

131. La chapelle Saint-Brice sur un site préhistorique et antique

Elle figure sur Cassini au NNO du village, à 600 m sur la carte IGN. La CAG (n° 063, p. 143) révèle une occupation humaine sur le sommet du coteau où se dresse une chapelle médiévale et une nécropole adjacente. Outre une zone où ont été signalés anciennement des tumulus préhistoriques, ont été repérés également un oppidum protohistorique ainsi que des traces d’occupation antique (tegulae, monnaies de Marseille et romaines). Ici aussi la titulature à saint Brice ne semble pas remonter du temps des églises romanes et il est probable qu’elle ait été aussi « rebaptisée ». Ce saint, successeur de saint Martin sur l’évêché de Tours, est plutôt vénéré dans le nord de la France et peu connu dans le Midi.

132. La chapelle Notre-Dame de Lorette

C’est sous ce titre qu’elle est signalée par la carte de Cassini alors qu’aujourd’hui elle est sous la titulature de Notre-Dame de la Salette. Ici encore nous constatons un changement de patronage. Celui de Cassini est à retenir, le vocable de la Salette n’ayant apparu qu’en 1851, année où fut autorisé le culte à la Vierge suite aux apparitions de 1846.

Synthèse

L’implantation de la chapelle Saint-Brice sur un site préhistorique et antique, en milieu ouvert, n’est pas fortuite. C’est un ancien lieu de rassemblement d’une communauté qui a été christianisé, peut-être très tôt et qui perdure avec cette chapelle.


(1) Sur l’abbaye de Valsainte, Souvenirs religieux de l’abbé Féraud, p. 67 à 71. L’abbaye de Valsainte est située dans la commune de Simiane-la-Rotonde.

(2) RACP, n° 261, p. 345 et n° 262, p. 346.

(3) Cité par GCN I, p. 58 et Inst. Aix, X, col. 12. Inst XL, col. 48 pour la citation du XIVe siècle.

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Faisait partie de la Vallée de Barcelonnette et du diocèse d’Embrun, aujourd’hui dans le canton de Barcelonnette. Cette vaste commune de 5608 hectares s’étage de chaque côté de l’Ubaye dans un décor de montagnes élevées. L’habitat est établi entre 1200 et 1500 mètres d’altitude. Cette commune est la réunion de deux hameaux dont le plus important était le Châtelard. C’est là que se trouvait l’église paroissiale dédiée à l’Assomption de la Vierge. Elle n’était pas établie dans le village, mais, comme le relate l’abbé Albert, elle est bâtie sur un rocher escarpé, au bord d’un affreux précipice. De sorte qu’il n’est pas possible d’en faire le tour. A quelque distance de cette église, du côté du nord, il y a encore un rocher plus élevé, sur lequel il y avoit autrefois un château, et où l’on a construit le clocher afin que les habitants qui sont dispersés à droite et à gauche, puissent plus aisément entendre le son des cloches (I, p. 235). C’est seulement en 1830 que fut construite une église dans le village (Féraud, p. 230).

L’église de la Condamine, sous le titre de sainte Catherine a été construite en 1822 comme l’atteste l’abbé Féraud : paroisse de la Condamine. 350 âmes, population réunie en un seul hameau en hiver et toute dispersée sur les montagnes dans les maiteries en été. Eglise Ste-Catherine, a été construite en 1822 et fut érigée en paroisse. Il y avait cependant un prêtre à demeure qui faisait l’office dans une chapelle. A l’époque de l’abbé Albert celui-ci relate que depuis quelques années on a mis un prêtre servant au hameau de la Condamine et il jouit des honoraires des messes qui sont fondées dans les chapelles des différens hameaux de sa paroisse ; car il y a peu de hameaux où il n’y ait une chapelle.

Cette dernière réflexion correspond bien à un milieu montagneux où les communications sont difficiles, ce qui a incité l’autorité ecclésiastique à multiplier les chapelles succursales. Les deux abbés Albert et Féraud ne donnent pas la liste de ces chapelles et Cassini est également muet. On peut en répérer certaines sur le plan cadastral de 1833 et avec les cartes modernes. Ces chapelles ont deux vocations différentes, soit de protection au bord d’un chemin, soit de succursales assurant le service divin.

129. Chapelle Saint-Roch.

Elle est isolée à l’ouest de La Condamine au bord de la D 29, au croisement avec l’ancien chemin venant du Châtelard (altitude 1437 m). Elle figure sur le plan cadastral en section D 7, parcelle 2133, accompagnée d’une croix. Elle côtoie et domine le ruisseau de Parpaillon qui se jette dans l’Ubaye à La Condamine. La vocation de cette chapelle dédiée à saint Roch, antipesteux, est la protection contre les fléaux apportés par les voyageurs.

130. Chapelle Sainte-Anne.

Elle aussi est isolée, non loin du hameau du Pas en remontant le ruisseau de Parpaillon. C’est ainsi qu’elle est figurée par le cadastre en section  D 4, parcelle 359, le hameau du Pas comprenant quatre bâtiments. Elle figure sur la carte IGN à l’altitude de 1752 m. Comme Saint-Roch, cette chapelle semble être un édifice de protection, placée sur un chemin devenu aujourd’hui un GR important puisqu’il relie Sainte-Foy-la-Grande en Gironde à Saint-Paul-sur-Ubaye.

Les autres édifices sont des chapelles succursales et figurent sur les cartes IGN : chapelles au Villard-Haut, à Clausal, au Châtelard, au Serre (en ruine), au Prat, au Grach-Bas.

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Faisait partie du diocèse de Senez et était chef-lieu de viguerie, aujourd’hui chef-lieu canton. Dans la haute vallée du Verdon, le territoire s’étire le long du fleuve. Le terroir très montagneux est cependant fertile comme l’atteste Féraud (p. 280), son territoire est très fertile en grains, mais c’est là son unique production. Ses montagnes, couvertes de gazon, nourrissent en été de nombreux troupeaux qu’on y amène d’Arles. Le fromage de ce lieu, connu sous le nom de fromage de Thorame, est très apprécié. Ce fromage était déjà renommé et constituait une bonne source de revenus au Moyen Age puisqu’en 1056, une famille nombreuse et puissante fait don aux moines de Saint-Victor de la dîme des fromages des Alpes qui proviennent de Collo Martio et de Alodes, Colmars et Allos (CSV 2, n° 765, p. 110-111). Elle y ajoute la dîme sur les poissons du lac d’Allos (de stagno Levidone). La commune est très vaste, plus de 8100 hectares, et était très peuplée à la fin du Moyen Age, plus de 1200 habitants en 1315. Réduite à 850 en 1472, elle va atteindre son apogée en 1765 avec 1725 habitants (Atlas, p. 171-172). C’est à partir de cette date que va commencer la lente et progressive émigration des habitants pour atteindre  une moyenne de 350 habitants depuis une cinquantaine d’années.

Le castrum de Colmars ou ville (seu villa) est cité lors de l’enquête de 1252, il fait partie de la bajula vallis Colli Marcii, de la baillie de la vallée de Colmars (n° 429 à 432, p. 326-327). Auparavant, en 1233, Raymond Bérenger V avait accordé le régime du consulat à la ville (RACP, n° 198, p. 297-298). L’église n’est citée qu’à partir de 1300, ecclesia de Collomarcio (Pouillés, p. 290). Dédiée à saint Martin, elle est détruite lors de l’incendie de 1672 qui ravage également la ville. Quand Mgr Soanen fait sa visite en 1697, il constate que la paroisse dud Colmars que estre nouvellement construite. Pendant le temps de la reconstruction c’est la chapelle des Frères pénitents qui a servi de paroisse (1). Vu l’étendue du terroir et la difficulté des chemins en milieu montagnard, l’administration ecclésiastique a créé deux autres paroisses, à Clignon et à Chaumie (2).

125. L’hypothétique église paléochrétienne Saint-Pierre

Ce sont Achard et Féraud qui avancent la thèse d’une colonisation romaine dans la haute Vallée du Verdon et précisément à Colmars qui auraient pu être le siège de la capitale de la peuplade alpine des Galitae. Les Romains auraient élevé un temple au Dieu Mars sur une colline dominant l’actuel village. D’où le nom de Collis Martis, la « colline de Mars », à l’origine du nom de Colmars (3). Lors de la christianisation, les premiers chrétiens auraient élevé à l’emplacement du temple païen une église dédiée à saint Pierre. Féraud ajoute que l’on trouve encore les débris de l’ancienne paroisse, elle fut désertée par ses habitants qui se réunirent auprès du Verdon. Rien ne vient justifier la présence des Romains et encore moins d’une église paléochrétienne. Nos deux auteurs reconnaissent d’ailleurs qu’on n’a trouvé à Colmars aucune antiquité remarquable. Un auteur plus contemporain, A. Roux, dans son histoire manuscrite de Colmars, pense que les vestiges de la chapelle des Templiers sur le rocher de Saint-Pierre ont donné naissance à la légende de l’origine romaine de Colmars (CAG, p. 142). La présence des templiers est attestée par l’abbé Féraud dans ses Souvenirs Religieux (p. 103) : Colmars conserve encore les ruines d’une maison des Templiers sur le monticule Saint-Pierre où se trouvait jadis la principale agglomération des habitants. Mais ici également nous ne possédons aucune preuve de la présence de cet ordre chevaleresque et les auteurs modernes (Durbec et Collier) ne mentionnent pas Colmars parmi les biens du Temple (4).

126. La chapelle Saint-Martin, église du castrum

La colline Saint-Martin abrite aujourd’hui le Fort de Savoie qui a incorporé dans ses murs une partie de la chapelle. Construit par Vauban à la fin du XVIIe siècle, le fort a fait disparaître les dernières traces de l’habitat élevé lors de l’enchâtellement. L’habitat va descendre assez vite vers le Verdon à partir du XIIIe siècle et est fortifié à la fin du XIVe siècle. Une nouvelle église paroissiale y est édifiée qui reprend la titulature de la première, Saint-Martin. Deux chapelles de confréries voient le jour dans la ville, dédiées à la Vierge et à saint Joseph. Elles sont signalées lors des visites du XIXe siècle et proprement restaurées en 1865. L’enquête sur les lieux de culte de 1899 est assez explicite : chapelles de confréries dans la ville. Messe, vêpres et Salut par Mr le Curé, sept ou huit fois par an. Les Pénitants y récite quelques fois l’office ; les soirs des vendredis de carême, exercices à l’une de ces chapelles : office des pénitents, chants, prières, sermon, Salut. Sur la paroisse, sont également citées deux chapelles rurales.

127. Chapelle Saint-Jean du Désert

Elle n’est pas signalée par Mgr Soanen lors de ses visites de 1697 et 1700. Elle est située à l’est du village à près de 1800 mètres d’altitude, près du Ravin de St Jean. Comme il est dit en 1899, chapelle St Jean de désert, à 6 kil. environ, dans la montagne. Messe solennelle et grand concours le 24 juin et le 29 août. Bravade en costume militaire. Confréries en habit de chœur (5). Féraud ajoute  que la fête de saint Jean-Baptiste et celle de saint Martin attirent beaucoup d’étrangers. Lors de chaque citation de la fin du XIXe siècle, la chapelle est soit convenable, soit en bon état. Nous rencontrons encore un lieu de culte isolé, dans le désert, en montagne et dédié à saint Jean-Baptiste. Ces lieux de culte sont souvent à l’origine du peuplement du territoire, liés à l’eau purificatrice et à l’ascèse du désert. Ils se substituent également, lors du solstice d’été et des feux de la Saint-Jean, aux fêtes païennes. Si la chapelle semble être dans un « désert », elle est cependant placée près du vieux passage faisant communiquer les vallées du Verdon et du Var par le Col des Champs (2045 m). A partir de Saint-Martin d’Entraunes sur le Var, l’itinéraire était également jalonné par une chapelle dédiée à saint Jean-Baptiste où les habitants venaient en pèlerinage au mois de juin.

128. Chapelle de la Trinité au Bas Clignon

Bien que le Clignon Haut soit une église succursale de Colmars, la chapelle située au Bas Clignon dépend de la paroisse de Colmars. La première citation date de la visite de Mgr Soanen en 1700, au bas Clignon, petite chapelle de la Ste Trinité. Elle est citée régulièrement lors des visites pastorales du XIXe siècle sous le titre de la Sainte Trinité. En 1869 la chapelle du Bas Clignon, toiture en bon état, un campanile avec une cloche. En 1893, son état laisse à désirer. Elle ne sert au culte que quatre fois par an selon l’enquête de 1899 : petite chapelle au hameau de Clignon Bas, une première messe le dimanche de la Trinité, plus quatre messes par an. Au Haut Clignon, l’église paroissiale est dédiée à sainte Madeleine. En 1700, Mgr Soanen relate qu’au plus haut Clignon, la chapelle brulée en les dernières guerres est rebastie assez proprement sous le titre de Ste Madelaine. Il cite également une chapelle St Roch qui est trente pas plus haut, toute décrépie et mal couverte et qui a totalement disparu (elle ne figure pas sur Cassini). A la fin du XIXe siècle, il n’existe aucune chapelle rurale au Haut Clignon.

Synthèse

La chapelle Saint-Jean du Désert fait partie de ces lieux de culte liés à la solitude érémitique et à la purification par l’eau. Ils ont souvent remplacé des lieux de culte païens célébrant le solstice d’été.


(1) Visites de 1697, ADHAP, 2 G 17, f° 89 v°-99 r°.

(2) Visites pastorales du XIXe s. : 1858. 1865, 1869, 1876 (2 V 87) ; 1884, 1890 (2 V 93) ; 1894 (2 V 94).

(3) Une autre hypothèse fait venir l’origine du vocable Colmars de Collis Martini, la colline Saint-Martin, saint patron et titulaire de la paroisse. Quant aux Galitae on les situe maintenant en Haute Bléone.

(4) COLLIER R., « les Templiers en Haute-Provence », Bul. SSL, T XXXVI, 1960, p. 194-196. DURBEC, « Les Templiers en Provence », Provence Historique, fasc. 35 et 37 du tome IX, 1959-1960.

(5) 24 juin, fête de la Nativité de Saint Jean-Baptiste. 29 août, fête de la décollation du saint (procession dite ce jour-là du Petit Saint-Jean). La procession est attestée par le coutumier de 1835, procession au désert le jour de saint Jean-Baptiste.

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