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Faisait partie du diocèse de Glandèves et de la viguerie d’Annot, aujourd’hui dans le canton d’Annot. La commune d’une superficie de 2103 hectares s’étage de chaque côté du torrent du Coulomp, où la vallée est située en moyenne à l’altitude de 600 mètres. Au nord et au sud le territoire monte jusqu’à 1000 mètres d’altitude. Au milieu du XIe siècle, une partie du territoire fait partie du domaine de Pons Silvain d’Annot appelé Sigomania. Est cité le lieu-dit Lara se trouvant sur la commune de Saint-Benoît (Voir Annot). Pons Silvain en fait don à l’abbaye de Saint-Victor. Ce n’est que 200 ans plus tard que va être fondé un prieuré sous le titre de Saint-Benoît par le monastère Saint-Dalmas-de-Valdeblore, filiale de l’abbaye piémontaise Saint-Dalmas de Pedona. C’est autour de l’église que va se former le village, les habitants ayant abandonné le site de hauteur de Villevieille où ils s’étaient réfugiés 1.

R. Collier date l’origine de cette église du XIIIe siècle : cette église, d’un style roman très prolongé, contient une particulatité : le mur du chœur n’est pas le mur extérieur est de l’église, mais ce dernier double le premier à une certaine distance ; en appareil de taille (pierres allongées), percé de deux baies à ébrasement interne, en plein cintre, il formait le chevet d’une église datant du XIIIe siècle ou du début du XIVe, en avant duquel on a construit l’actuelle ; on voit d’ailleurs, à droite et à gauche, le départ des murs primitifs (p. 144). Au XIXe siècle, outre la paroisse de Saint-Benoît, va être érigée en paroisse en 1843 celle de Ourges associée à celle de Jausiers, bien que ce dernier hameau soit sur la commune d’Ubraye, mais beaucoup plus proche d’Ourges que d’Ubraye (Féraud, p. 298). L’église est sous le titre de Notre-Dame de l’Assomption. Elle est aujourd’hui en mauvais état, sans toiture. Sur la paroisse de Saint-Benoît sont recensées au XIXe siècle deux chapelles rurales.

 

410. Chapelle Notre-Dame au Plan du Coulomp

Elle n’est mentionnée qu’une seule fois, en 1891, une chapelle au Plan du Coulomp (2 V 93). La carte de Cassini n° 153 la cite sous le titre de Notre-Dame, au lieu-dit Plan du Collon, près du confluent du Coulomp avec la Vaire. Il n’en subsiste plus rien à l’heure actuelle.

 

411. Chapelle de la Vierge

Non signalée par la carte de Cassini elle figure sur le cadastre de 1830 sous le nom de Notre Dame avec une abside en hémicycle orientée vers le NE. C’est sous cette appellation qu’elle est citée plusieurs fois. D’abord, en 1858, une chapelle rurale, à 100 pas du village, dédiée à la Ste Vierge, qui a besoin d’être recrépie et blanchie, surtout à l’intérieur. Puis en 1866, 1870 et 1876, où elle a toujours besoin de réparations. Elle est encore citée comme chapelle rurale en 1891, 1918 et 1912 2. Elle est toujours en bon état.

 

Synthèse

Il n’existe pas d’indices de paroisses pré castrales même si le territoire semble dépendre de celui d’Annot au XIe siècle et forme, entre Méailles et le pont de la Reine Jeanne le territoire de Sigomania. Le seul édifice en milieu ouvert, près du torrent et sur la terrasse fertile du Coulomp, qui pourrait être antérieur au castrum, est la chapelle disparue de Notre-Dame. Mais aucun indice ne vient confirmer cette hypothèse.

 


1 POTEUR J.-C et SALCH Ch.-L., « Les villages à nom de saint, en Provence Orientale au Moyen-Age », Le village en Provence, Mouans-Sartoux, 1985, p. 65.

2 1858, 1870, 1876 (2 V 86). Les autres dates, 2 V 93 et 95.

 

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Faisait partie du diocèse de Senez et de la viguerie de Castellane, aujourd’hui chef-lieu de canton. La commune s’étend sur la rive droite du Verdon au nord de Castellane sur 4746 hectares. Elle regroupe plusieurs anciennes communautés et communes, C’est d’abord la réunion de la communauté de Troins à la fin du XVIIIe siècle, puis le rattachement de Méouilles en 1857, enfin de la commune de Courchons en 1966.

 

COURCHONS

Cette ancienne commune était située au sud de Saint-André sur la rive droite du Verdon dans un milieu montagneux, les principaux hameaux s’étageant entre 1200 et 1300 mètres d’altitude. Comme le relate l’abbé Féraud le site de ce lieu le rend très-froid en hiver. Les 1125 hectares du territoire n’ont jamais pu accueillir plus de 200 habitants. Il n’en restait que 7 en 1962. Le castrum de Corchono est cité en 1226 lors de l’hommage prêté par Boniface de Castellane à R. Bérenger (Bouche I, p. 915). En 1315, la population atteint 125 habitants pour se réduire à 20 en 1471 (Atlas, p. 174). Le peu de population n’a pas incité l’autorité ecclésiastique à y fonder une paroisse, car aucune église n’est citée entre 1278 et 1376. L’enquête de 1278 est formelle : il n’y a aucun prélat dans ledit castrum ni aucune personne religieuse. Il n’y a pas de biens ecclésiastiques (n° 854, p. 432). L’augmentation de la population au XVIIe et XVIIIe siècle, 189 habitants en 1765, a favorisé la création d’une église paroissiale. Elle dépend de la paroisse de Moriez et l’évêque la visite en 1697 (2 G 17, f° 131). Achard nous fait connaître ses titulaires, les patrons de l’église sont S. Jacques et S. Philippe, Ste Magdeleine, S. Jacques et S. Christophe et un prêtre exerce les fonctions curiales (I, p. 486). R. Collier contredit l’abbé Féraud quand ce dernier date l’église de 1699. Il estime qu’il faut lire 1609 (p. 210-211). Cela semble très vraisemblable car l’évêque de Senez la visite en 1697. Elle est aujourd’hui à l’état de ruine, il ne subsiste que la façade et les murs latéraux, il n’existe plus de couverture. Il n’y a jamais eu de chapelle rurale sur le territoire.

 

TROINS

La situation de Troins est semblable à celle de Courchons, étant perché au nord de Saint-André, dans le même milieu montagneux. L’Issole le traverse du nord au sud pour rejoindre le Verdon. C’est au hameau du Seuil et dans quelques rares bastides qu’il faut reconnaître l’habitat. Le cadastre de 1835 ne recense qu’un hameau, celui du Seuil, comprenant une dizaine de maisons et une église (section B 5, parcelle 15). En 1315, il existait 29 feux, soit 150 habitants, en 1471 le territoire est reconnu inhabité. Il va se repeupler lentement pour atteindre les 45 habitants à la fin du XVIIIe siècle, moment où la commune est rattachée à celle de Saint-André. Il ne subsiste actuellement que quelques murs de l’église paroissiale dédiée à saint Michel. Elle est recensée lors de l’enquête de 1278 : l’église paroissiale, dont le prieur est appelé de son prénom Guillaume, est à la collation du seigneur évêque de Senez (p. 435, n° 864). Puis vers 1300 et 1386, ecclesia de Troynis, ecclesia de Troinis (Pouillés, p. 290 et 293).

 

407. Les deux tours et la chapelle Saint-Jean

Le castrum de Troins est cité en 1237 avec celui de Mura (RACP, n° 277, p. 364). La même enquête de 1278 indique également que l’hospitalier dudit lieu a donné une sétérée de terre de R. Fulcone de Troyns, terre qui est près de l’église Saint-Jean, c’était du temps où le seigneur Boniface tenait la terre de Castellane. Cet hospitalier pourrait être d’un ordre de chevalerie, templier ou hospitalier, plutôt hospitalier car l’église est dédiée à saint Jean, les Templiers préférant saint Michel. La carte de Cassini signale à Troyns deux édifices, l’un nommé la Tour, l’autre la Tour des Templiers Rne. On retrouve les deux tours dans la section B 6 du cadastre de 1835. L’une est rectangulaire (parcelle n° 7), l’autre est de forme carrée et accompagnée d’une chapelle en ruine (parcelles 12 et 13). Cette dernière présente une abside en hémicycle orientée vers l’est et semble en état. Il pourrait s’agir de l’église Saint-Jean citée en 1278. Sur la présence d’un ordre chevaleresque à Troins il n’existe que la mention de Cassini. R. Collier cite la tour romane de Troins faisant partie d’un système fortifié de la vallée du Verdon entre Beauvezer et Saint-André (p. 311). Les deux tours sont signalées en ruine sur les cartes actuelles, mais la chapelle n’y figure plus. Elles sont situées à 1500 mètres au sud du hameau abandonné du Seuil et sont distantes l’une de l’autre d’à peine 200 mètres.

L’abbé Féraud en 1844 fournit une description de ces deux tours : on trouve, sur un mamelon qui domine la vallée d’Isole, une tour assez curieuse. C’est un bâtiment carré en forme de clocher, construit, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, avec des pierres aussi carrées et dont la taille est seulement ébauchée. Ces pierres sont liées par un ciment si solide que le bâtiment s’est assez bien conservé. Cette tour communiquait avec une chapelle dont le sanctuaire existe encore. Sur un autre mamelon, on aperçoit les ruines d’une autre tour (p. 268-269). Pour J.-C. Poteur le donjon carré de Troins a été construit entre 1173 et 1218. C’est la période durant laquelle le comte de Provence soumet les seigneurs rebelles, en particulier ceux de la région de Castellane, qu’il fait construire ou conquiert des châteaux qu’il confie aux Templiers ou aux Hospitaliers 1. Le donjon mesure extérieurement 6,30 x 6,30 m avec des murs de 1,80 m d’épaisseur et offre une surface intérieure de 5,50 m² 2. Le fait qu’il existe deux forteresses à quelques 200 mètres de distance peut faire penser que l’une a été construite pour faire le siège de l’autre.

 

MEOUILLES

Rattachée en 1837, l’ancienne commune s’étendait sur la rive gauche du Verdon à une altitude comprise entre 800 et 1000 mètres. Le nom apparaît sous la forme de Medulla lors de l’enquête de 1278 où l’église paroissiale dudit castrum dont le prieur est seigneur A. Bonifilius est à la collation du seigneur évêque de Senez. Gaufridus Balbus et dame Dulcia sont les seigneurs dudit castrum (n° 828, p. 428). Elle est encore citée par les Pouillés vers 1300 et 1376, ecclesia de Medulla, ecclesia de Medulha (p. 290 et 292). Quand l’évêque la visite le 25 mai 1697, ce sont les chanoines de Senez qui sont prébandés audit lieu (2 G 17, f° 77). L’église est sous le titre de saint Martin. Après avoir été une annexe de la paroisse de Saint-André, elle redevient paroisse au cours du XIXe siècle, mais aujourd’hui n’est plus qu’une simple chapelle en cours de restauration dont il subsiste quelques éléments de structure romane (Atlas, p. 194).

 

SAINT-ANDRE

Contrairement aux autres communautés le village n’est pas installé en pleine montagne, mais dans une petite plaine, aux abords du Verdon, à l’altitude moyenne de 900 mètres. Il fut peu touché par la crise du XVe siècle, car de 150 habitants en 1315, il ne subsistait encore 100 en 1471. Par la suite, la population atteint presque les 1000 habitants en 1851, chiffre équivalent de nos jours (Atlas, p.194). Saint-André est cité en même temps que Méouilles en 1278 et est desservi par le même prieur : l’église paroissiale dudit castrum dont le prieur est seigneur A. Bonifilius est à la collation du seigneur évêque de Senez. Seigneur G. de Signa et seigneur Bt. de Rochavaria sont les seigneurs dudit castrum (n° 860, p. 424). Cette église accompagnée du cimetière va être démolie lors de la construction d’une nouvelle sur un autre emplacement en 1849 (Collier, p. 373-374). Les visites pastorales du XIXe siècle signalent deux chapelles rurales 3.

 

408. Chapelle Saint-Jean-du-Désert

C’est sous cette appellation qu’est citée cette chapelle à partir de 1858. Elle est dans un état convenable et en 1894 on signale qu’on y a fait des réparations. L’enquête sur les lieux de culte fait remarquer que la chapelle de S. Jean Baptiste, date de 40 ans environ, sans autorisation légale. Le curé y dit la messe le jour de S. Jean et quelquefois pendant l’année à la demande des habitants (2 V 73, n° 9). Cette datation semble vraisemblable car la chapelle n’apparaît pas sur la carte de Cassini ni, semble-t-il, sur le cadastre de 1838. Elle est située dans un site isolé, un désert, près de la route qui monte au nord sur la rive droite de l’Issole.

 

409. Chapelle Notre-Dame

Elle est citée aux mêmes dates que celle de Saint-Jean mais on signale qu’elle est en litige avec la paroisse. L’enquête sur les lieux de culte nous en apprend un peu plus : chapelle de la Ste Vierge, très ancienne et dont la famille Honnorat garde la clef, parce qu’elle s’en dit propriétaire, sans autorisation écrite. La paroisse s’y rend en procession trois ou quatre fois par an et le curé y dit la messe le dimanche après la Nativité de la Ste Vierge, pour la fête de S. André et le jour de S. Joseph. R. Collier en donne une brève description : chapelle Note-Dame (privée) date du XVIIe s., derrière une façade apparemment du XIXe. Double, elle comprend deux nefs accolées, voûtées d’arêtes, et divisées, chacune en deux travées par un doubleau avec pilastres à impostes. Les nefs ouvrent l’une dans l’autre par deux arcades brisées portant sur des piliers ronds, à socles carrés et à chapiteaux de plan carré, mais d’angles abattus (p. 225). Il est probable que cette chapelle a été spoliée lors de la Révolution et a été gardée par les propriétaires. Elle est signalée par la carte de Cassini.

 

Synthèse

Les édifices paroissiaux de trois communautés paraissent relever de la période castrale, celui de Courchons étant plus tardif. Aucun indice ne permet d’en trouver d’autres plus anciens.

 


1 C’est en 1188 qu’Alphonse Ier fait le siège de Castellane et que Boniface se soumet.

2 POTEUR J.-C., Les grands donjons romans de Provence Orientale, Centre d’Etude des Châteaux-Forts, 1995, p. 22. « Les ordres militaires et la stratégie comtale en Provence Orientale (XIIe-XIIIe siècle) », Guerres et fortifications en Provence, CRDO, Mouans-Sartoux, 1995, p. 11-29.

3 1858, 1870, 1876 (2 V 90). 1884, 1890, 1894 (2 V 93).

 

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Faisait partie du diocèse de Riez et de la viguerie de Moustiers, aujourd’hui dans le canton de Riez. La commune côtoie à l’ouest celle de Riez et s’étend sur 2604 hectares dans un paysage de coteaux et de collines irrigués par le Colostre. Romulas apparaît vers 1020 quand un prêtre du nom d’Etienne du castrum de Montagnac, donne à Saint-Victor, dans le territoire du castrum appelé Romulas, une modiée de terre culte dans le lieu appelé Sibiliana (CSV I, n° 614, p. 609). On retrouve le dernier terme sous le vocable Sabeyanne en section C du cadastre de 1835, alors qu’il n’apparaît plus sur les cartes modernes. Jusqu’au XVe siècle, le territoire est partagé entre deux communautés, Roumoules et Saint-Martin d’Alignosc. D’après l’abbé Féraud, le village de Saint-Martin avait été détruit par un incendie et a pris alors le nom de Saint-Martin-le Rimé, aujourd’hui Saint-Martin-le-Rimat (p. 146).

 

406. Les prieurés lériniens de Saint-Pierre de Roumoules et de Saint-Martin d’Alignosc ou de Rimat

Les deux communautés échoient à l’abbaye de Lérins dès le XIe siècle. Le 27 septembre 1081 un certain Isnard et ses fils donnent à l’abbaye de nos propriétés qui sont dans le pagus de Riez, dans le territoire de Romulas, deux églises, une en l’honneur de saint Pierre et l’autre en l’honneur de saint Martin, avec la terre qui les entoure (CCXXIII, p. 226-228). Cette terre qui est près de l’église Saint-Martin est appelée par le cartulaire Silva, nom qui va servir à dénommer l’église en 1113. Peu de temps après plusieurs personnages font don de terres, vignes, jardin et champ (CCXXIV, p. 228-229). De nouveaux dons sont accordés à Lérins en 1096, en particulier un manse (CCXXV, p. 229-230). La possession de ces deux églises par l’abbaye est confirmée par l’évêque de Riez en 1113, ecclesias sanctum Petrum de Romulis et sanctum Martinum de Silva (CCXIV, p. 218). La situation se complique quand on apprend en 1259, lors de la confirmation par le pape Alexandre IV, qu’il existe trois églises, in diocesi Regensi, ecclesias Sancti Petri, Sancti Martini, Sanctae Mariae de Romulis (CL 2, n° IV, p. 6).

Par la suite, il n’est plus cité que les deux premières. Les Pouillés du diocèse de Riez nomment en 1274 le prior de Romolis et le vicarius Sancti Martini de Alignosco. Même situation en 1351 avec le prior de Romolis et l’ecclesia Sancti Martini de Alinhosco (p. 106 et 111). Le GCN dénombre deux prieurs, prior de Romolis et prior Sancti Martini de Alignosco (GCN I, Inst. XXV, col. 385). L’abbé Féraud relate que le prieuré de Saint-Martin fut uni à celui de Roumoules (Souvenirs Religieux, p. 43-45). D’après Abbayes et Prieurés ce dernier fut uni à la mense épiscopale à la fin du XVIIe siècle (p. 61). Cela semble vraisemblable puisque les pièces concernant ce prieuré s’arrêtent à la date de 1699 (Série H des ADAM, n° 863 à 872, p. 144-145). L’église Saint-Martin semble avoir disparu assez rapidement, sans doute à la fin du XVe siècle, moment où sa communauté est rattachée à celle de Roumoules. Celle du chef-lieu paraît avoir subi des dégâts importants puisque R. Collier date quelques éléments de l’époque gothique, du XVIe siècle, le restant pouvant remonter sans doute au XVIIe siècle (p.176 et 231). Ce qui voudrait dire qu’elle a été entièrement reconstruite.

 

Synthèse

Deux églises sont citées en 1081, déjà existantes, aux mains l’un laïc qui les donne à l’abbaye de Lérins avec de nombreuses terres. C’est encore l’illustration de la spoliation des biens d’église durant la période du Xe siècle qui se manisfeste ici. On peut raisonablement faire remonter ces deux édifices à la période du haut Moyen Age.

 

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Faisait partie du diocèse de Riez et de la viguerie de Moustiers, aujourd’hui dans le canton de Castellane. Cette grande commune de montagne, 3583 hectares, s’étend de chaque côté du Grand Canyon du Verdon et en limite avec le département du Var au sud. Elle apparaît très tôt dans l’histoire puisqu’est citée en 814 la Villa Rovagonis, l’un des treize domaines appartenant à l’abbaye de Saint-Victor recensé par le polyptique de Vadalde (CSV II, L, p. 651). Cette villa est composée de 9 colonges que l’on a pu situer dans la commune proche de la Palud et à Rougon même, dont Bagella et Corcione 1. L’histoire reprend au XIe siècle, après l’interruption des guerres et des dévastations du Xe siècle. C’est d’abord l’apparition en 1056 du castellum Rouagonus lors d’une donation faite à Saint-Victor (CSV I, n° 622, p. 619). Puis en mars 1096, l’évêque de Riez donne le quart des dîmes du castro Rogone à l’abbaye de Montmajour (GCN, I, Inst. XI, p. 371-372). Cette possession de l’évêque est confirmée deux ans plus tard, le 5 mars 1098, par l’énumération des églises dépendant de l’évêque de Riez, dont l’ecclesia sancte Marie de Rugua (CSV II, n° 697, p. 39). C’est à cette date qu’apparaît le qualificatif de l’église paroissiale qu’elle va garder jusqu’à nos jours, Notre-Dame de la Roche. En 1351, la prébende revient à l’évêque qui perçoit 1 livre et 16 sous, tandis que le vicarius de Roagono reçoit 2 livres (Pouillés, p. 110). A l’époque d’Achard, c’est un chanoine de Riez qui perçoit la dîme. Il ajoute que saint Christophe est le patron de Rougon, dont la fête se célèbre avec pompe le 25 juillet. On y fait aussi la fête de saint Romain, second titulaire (II, p. 316-317). Bartel confirme la titulature et le chapitre de Riez : église sous le titre de la B. Marie de Roca et de saint Romain, au chapitre de Riez (p. 61). Et le Pouillé de 1730 ajoute une précision sur la titulature : prieuré sous le titre de l’Assomption de Notre-Dame (5 G 4).

Le 9 juin 1732, l’abbaye de Lérins achète en totalité la seigneurie de Rougon alors aux mains du sieur Tardivy, seigneur de Caille, Séranon et Rougon. Le prix de vente est fixé à 46 000 livres, en louis d’or et d’argent. L’achat consiste en la terre et seigneurie de Rougon, en la haute, moyenne et basse, mère et impère juridiction, au chasteau seigneurial qui est par teste du village, en une maison séparée et pourtant dans l’enclos du même lieu, en une grange attenant au village, en une pension féodale, en un moulin à bled banal, …., en la bastide dite de Faucon et celle dite de Tieze, la ferrage au-dessus du village et pred joignant, le bâtiment des Sales, le pred dit du Four, le pred dit de la Clastre (CL 2, n° CIV, p. 169-171). Plusieurs pièces font état des arrentements, procès, ventes, relatifs à cette seigneurie jusqu’à la Révolution (Série H des ADAM, n° 889 à 898, p. 147-148).

 

404. Chapelle Saint-Christophe sur un site antique

Cette chapelle est à quelques pas du village avec le cimetière. R. Collier la décrit ainsi : la jolie chapelle de Saint-Christophe, avec son proche, sa nef de trois travées voûtées d’arêtes, ses doubleaux et pilastres à impostes, enfin son choeur à chevet plat voûté d’un berceau brisé. Fin XVIIe ou début XVIIIe siècle (p. 224). Comme on l’a vu plus haut Christophe est le premier patron de la paroisse et sa fête se célèbre avec pompe le 25 juillet. Il est fort probable qu’elle soit la première paroisse, celle ayant précédé l’église du castrum. Sur son emplacement a été détectée une villa romaine. C’est à cet endroit que passait une voie présumée antique reliant Riez à Castellane et la titulature à saint Christophe correspond bien à un site protecteur sur une voie de passage (CAG, p. 397).

 

405. Saint-Maxime ou Saint-Maymes

Ce sont dans les chartes concernant Trigance qu’est mentionné en 1056 le don fait à Saint-Victor par Arbaldus de l’église de Saint-Maxime située dans le comté de Riez, dans le territoire de la ville ou castellum de Rovagonus (CSV I, n° 622, p. 619). On retrouve ce saint Maxime transformé comme bien souvent en saint Maymes tout au sud de la commune, en limite extrême avec celle de Trigance. Un capellanus Sancti Maximi est cité en 1274 en même temps que le prieur de Rougon et il n’est tenu à aucune redevance envers l’évêché de Riez (Pouillés, p. 108). En effet à cette date le domaine de Saint-Maxime était dans les mains des Templiers. L’Ordre dissous, ce sont les Hospitaliers qui les remplacent. La chapelle et les bâtiments du prieuré servent aujourd’hui de ferme et de bergerie. Des fragments de tegulae traînent aux alentours 2.

 

Synthèse

L’église Sainte-Maxime semble bien relever d’une fondation pré castrale car citée comme existant déjà en 1056. Elle est aux mains d’un laïc qui la donne ou plutôt la restitue (redditio) aux moines. Elle faisait peut-être partie des biens de Saint-Victor à l’époque carolingienne. Sur un site vitalisé depuis l’Antiquité, elle reprend vie après l’épisode des guerres du Xe siècle. Saint-Christophe semble dans le même cas, même si elle ne fait pas l’objet de citation, mais plusieurs indices confortent cette hypothèse.

 


1 J. CRU, p. 23-25.

2 Collier, « Les Templiers en Haute Provence », BSSL, Digne, T. XXXVI, 1960, p. 195. J. Cru, p. 76-78 fournit des renseignements plus précis et donne même un plan de la maison-forte avec la chapelle munie d’une abside en hémicycle. On retrouve ce plan avec le cadastre de 1835, section C 3, parcelle 585.

 

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Faisait partie du diocèse de Glandèves et de la viguerie d’Annot, aujourd’hui dans le canton d’Entrevaux. La commune de 1880 hectares est située au sud d’Entrevaux et de Puget-Théniers, en limite avec le département des Alpes-Maritimes. L’habitat est établi en petits hameaux et fermes compris entre 800 et 1000 mètres d’altitude. La population a atteint son maximum en 1851 avec 427 habitants et en comptait 170 en 1472 après la grande peste, ce qui laisse supposer qu’au XIIIe elle devait être abondante (Atlas, p. 192). Le castrum de Las Roquetas est cité au début du XIIIe siècle (Bouche, p. 282). En 1351, sont cités un prior et un vicarius de Rochetis, puis en 1376 l’ecclesia de Rocheta (Pouillés, p. 263-264). Cette dernière, selon Féraud, a pour titulaire ND-des-Parans et pour patron saint Saturnin. Cette dernière fête se célèbre le lundi de la Pentecôte ; on fait ce jour-là une procession à une chapelle rurale au bruit de l’artillerie du pays (p. 311). Une chapelle Saint-Joseph est signalée au XIXe siècle, située dans le village, près du presbytère, où le curé dit la messe tous les jours selon l’enquête de 1899 (2 V 73, n° 275).

 

401. Le prieuré Saint-Saturnin

C’est un prieuré dépendant de l’abbaye de Lérins. Il est recensé avec celui de Saint-Martin à la Roquette-Chanant dans l’introduction du tome 2 du cartulaire de Lérins qui ajoute que, en 1346, le prieuré comptait 19 emphytéotes et dont les biens furent cédés, en 1715, à l’archidiacre de Glandèves (CL 2, p. CL). La donation semble avoir été faite au cours du XIIe siècle quand Isnard, dit Aygulfe, donne à l’abbaye toutes les propriétés qu’il possède à la Roquette, tant au château que dans la ville (CL, n° CVI, p. 97-98 et Série H, ADAM, n° 462, p. 91). Le prieuré restera dans les mains de l’abbaye jusqu’au 21 octobre 1715 où celle-ci cède tous les droits que le monastère est en coustume de prendre dans les prieurés de Saint-Saornin et Saint-Martin, situés audict territoire de la Rochette, consistant en droit de dixme, sens, domaines, terres et autres, en faveur de l’archidiacre de Glandèves (CL 2, XL, p. 78). Ce dernier devra verser en contrepartie à l’abbaye 36 livres de rente perpétuelle annuelle. Lors de l’estimation des biens nationaux du 18 mars 1791 sont recensés, une cabane, petit bâtiment joint ensemble à la chapelle, quartier de St-Saturnin. Un domaine composé de terres labours ayant au milieu une vieille chapelle démolie et abandonnée, possession de l’archidiacre de Glandèves, vendue le 4 avril 1791 à Jean-Baptiste Joseph Laurens de Bagny, de la Rochette pour 9500 livres (1 Q 5).

En 1846, la chapelle est en bon état, en 1858 et le 25 juillet 1870 elle a besoin d’être réparée, puis le 12 octobre de la même année, elle a été restaurée à demi (2 V 87). Ensuite, elle est passablement entretenue en 1891 et en 1919 il est nécessaire de faire des réparations à la chapelle St-Saturnin (2 V 93 et 95). Quand Pierre Bodard la décrit en 1979, elle se dresse en bordure du chemin antique qui relie le Col de St-Raphaël au Col du Trébuchet. Elle est située en milieu désertique ; non entretenue, elle est en voie de dégradation définitive. Elle est moyenageuse ainsi qu’en témoignent son architecture et l’appareillage de la façade. Aux environs immédiats, on recueille en grand nombre des fragments de tegulae. Comme la chapelle se dresse au sommet d’une toute petite éminence en bordure du grand chemin, il est permis d’en déduire qu’elle a pu succéder à un monument beaucoup plus ancien (tombes, fanum…) 1. R. Collier complète la description : les murs du choeur de cette chapelle isolée, à chevet plat, à moulure formée par un méplat et un chanfrein, peuvent remonter à la fin du XIIe siècle. Un pèlerinage vivace aboutissait ici, chaque année, il n’y a pas encore deux décades (p. 144). Il est mentionné par Féraud, procession à une chapelle rurale au bruit de l’artillerie du pays, comme relaté plus haut. La chapelle a été restaurée en 1999.

 

402. Prieuré Saint-Martin

Il est cité en même temps que le précédent et les textes font parfois douter de son existence réelle, car assimilé à celui de Saint-Saturnin. On a parfois le prieuré Saint-Martin et de Saint-Saturnin ou les prieurés de … En tout cas les Pouillés de 1351, citent, non seulement le vicarius de Rochetis, mais également l’ecclesia Sancti Martini de Rochetis. Jusqu’à la cession de 1715 à l’archidiacre de Glandèves, les deux prieurés sont toujours cités ensemble comme en témoigne la série H des ADAM (n° 462 à 472, p. 91-92). Les dates s’échelonnent du XIIe siècle à 1715. Saint-Saturnin étant le patron de la paroisse, sa chapelle a continué d’être plus ou moins entretenue à cause du pèlerinage annuel pratiqué par les habitants. Par contre Saint-Martin semble avoir été complètement abandonné puisque Cassini et les cartes modernes ne livrent aucun renseignement sur un éventuel toponyme. Seul le cadastre de 1818, en section D 2 livre un nom de quartier portant le nom de Saint-Martin ainsi qu’un bâtiment nommé pareillement (parcelle 356). Il faut le situer au SE du village entre celui-ci et Préforans.

 

Inventaire des biens des prieurés de la Rochette

Le tome 2 du cartulaire de Lérins offre un texte riche en renseignements. Il s’agit d’un inventaire de tous les biens, fonds, terres, possessions, maisons et domaine dépendant des prieurés Notre-Dame de Puget-Théniers et de la Roquette-Chanant du 20 octobre 1378. Nous ne présenterons ici que ce qui concerne la Rochette (CL 2, n° XXXV, p. 68 à 76).

Sont énumérés 12 personnes de la Rochette tenant en emphytéose des biens appartenant à l’abbaye de Lérins et dépendant de ses deux prieurés de Saint-Martin et de Saint-Saturnin. Il s’agit de Raymundus Boneti, Johannes Blancardi, Bertonus Compagnoni, Asalaxia fille de feu Petri Rostagni, Guillelmus Bomparis, Guillelmus Guilhecha, Anthonius Blancardi, Vincencius Massoni, Rostagnus Blancardi, Petrus Laugerii, Beatrix fille de feu Petri Ruffii et Saturninus Julha. Elles exploitent 52 terres labourables, 5 près, 4 jardins, 2 condamines, 1 genestière.

Tous ces emphytéotes doivent verser au prieur, le jour de la Saint-Michel, une redevance en nature consistant en anona (blé annone, froment), civate (avoine), une galline (poule) et descoblada porcii (hanches du porc). Le blé et l’avoine sont comptés en émine, sétier ou en quartier.

La plupart des propriétés sont cités dans un quartier ou lieu-dit. On relève, ayant gardé l’orthographe du texte original : Saint-Martin et l’église, Champ Lonc, Prat Lonc, Pra Redon, Champ de Marin, Colla, Ubac, Clusetas à Saint-Martin, Al Mulsonchas près du Vallon, Mons, Clot, Champ Girat, Champ Delgues, Bon Vilar, Sous l’Eglise de Saint Martin, Toeto, Vulnaya près du Vallon, la Colla de Cadenet, Serre de Bresins, Lonias Sancti Martini, Colonbiar près de la voie publique, Avenas, Ubac Sancti Saturnini, Puay Robaut, Colla Davenas, Champ de Mary, Al Clot de Ferant, Serre de Sant Martin, al Font de Servais, Sol Gentil, Meolans, En Champ Parlant, Valon de Monniar près du Vallon et de la voie publique, En le Clot dau Hugo, En lo Fort Gentil, Saint Saturnin près du four et près de la terre du seigneur prieur, Al Champ del Gues, En lo Mont, Rocha Orbiara près de la voie publique, Al Rochas près de la vigne dudit Saturnin et près de la voie publique.

 

403. Chapelle d’Avenos

Avenos est un hameau situé à l’ouest de la commune, à 1090 mètres d’altitude, sur la voie publique, via publica citée en 1378, non loin du Col du Trébuchet. A cette date il est sous la forme Avenas et Colla Davenas ; on retrouve ce dernier terme déjà en 1043, de colle Avena comme confront dans la charte de Saint-Cassien (CSV II, n° 781, p. 129). La Colle figure encore sur les cartes actuelles. Une chapelle dite domestique est citée le 21 juin 1858 étant livrée au public et propre. Elle est encore mentionnée en 1884, puis n’est plus citée par la suite, sauf en 1899 où elle appartient à un particulier. Elle apparaît avec le cadastre de 1818, signalée par une croix à Avenos (Section A 2, parcelle 384), mais ne figure pas sur Cassini. Le claveau central du portail indique la date de 1815. Vu l’éloignement de la paroisse, il doit s’agir d’une petite chapelle succursale à l’usage des habitants du quartier. On ne connaît pas sa titulature. Elle figure sur les cartes actuelles.

 

Synthèse

On reconnaît l’empreinte durable imposée par l’abbaye de Lérins pour faire fructifier ses domaines, mais également pour desservir spirituellement la communauté de la Rochette avec l’église paroissiale et ses deux prieurés. Ces derniers sont, semble-t-il pour l’un d’eux, antérieurs à l’arrivée des moines. Saint-Saturnin, posté sur une voie publique et sur un site antique, a pu poursuivre le rôle de relais pour les voyageurs. Saint-Martin, dans un terroir plus riche que celui de Saint-Saturnin, a dû attirer très tôt les colons et les défricheurs, mais les traces sont trop minces pour aller plus avant.

 


1 BODARD Pierre, « Le haut pays niçois sous l’Empire Romain et le Haut Moyen Age », Mém. IPAAM, T. XXI, 1979, p. 43. 

 

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