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Faisait partie du diocèse de Senez et de la viguerie du Val de Barrême, aujourd’hui dans le canton de Barrême. La petite commune de Saint-Jacques, 466 hectares, est située immédiatement au nord de celle de Barrême et n’a jamais été très peuplée. Le maximum fut atteint en 1315 avec 180 habitants, suivi d’une chute brutale avec 15 habitants en 1471, c’est-à-dire 3 familles.

 

424. La prévôté de Saint-Jacques et l’église Saint-Martin

Dès le début du XIIe siècle est fondée une communauté de chanoines réguliers de la règle de Saint-Augustin dépendant du chapitre de Senez. La première mention d’un prévôt date de 1108 du nom de Willelmus 1. Le monastère où vivaient au XIIIe siècle neuf chanoines, puis cinq au siècle suivant, comportait des bâtiments conventuels avec un cloître ainsi qu’une église dédiée à saint Martin avec comme patron saint Jacques. Eloignée du village, l’église servait cependant de paroisse aux habitants. Lors des guerres de Religion, comme le rapporte Bouche, environ vers l’an 1570 , auquel temps l’Eglise et le Cloitre furent démolis, par l’authaurité du Comte de Carcès Lieutenant du Roy en cette province, et par l’arrest du Parlement, de peur que les Huguenots de Seine, ne vinssent se saisir de cette Maison, pour y faire un fort. L’église va continuer cependant son service avec la présence d’un seul prévôt qui assure le service religieux.

C’est en 1874 comme l’atteste l’enquête sur les lieux de culte de 1899 qu’une petite chapelle est construite au cœur du village à cause de l’éloignement de l’église. Messe et prière du soir tous les jours, baptêmes et catéchisme (2 V 73). Elle reprend la titulature de la première, saint Martin. Elle a été restaurée et inaugurée le 6 juillet 2008. Dans le cimetière jouxtant la première église Bouche et Atlas rapportent qu’on a trouvé des sépultures contenant des pots en terre disposés près de la tête du défunt (Atlas, p. 412).

 

Synthèse

Il apparaît que le village a été créé au moment où les chanoines de Saint-Augustin viennent s’installer dans le pays. Mais l’endroit choisi par eux avait déjà été occupé auparavant, témoin ce cimetière qui peut remonter à la période carolingienne ou même avant.

 


1 Mention fournie par Bouche, T I, p. 927, dans ses additions qui cite un texte de l’historien niçois Gioffredo dans son Histoire de Nice, p. 165. Par ailleurs il donne l’historique de cette prévôté et la liste des prévots (I, p. 247-278). L’Abbé Féraud dans ses Souvenirs Religieux fournit également des renseignements copiés en partie sur Bouche (p. 89-91).

 

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Faisait partie du diocèse de Gap et de la viguerie de Forcalquier, aujourd’hui dans le canton de Sisteron. Cette commune s’étend sur 3894 hectares au NE de Sisteron dans un milieu au relief accidenté traversé par le Vançon. Plusieurs communautés indépendantes ont été regroupées au cours des siècles pour ne former qu’une seule commune. Le territoire fut vitalisé très tôt puisqu’il fut le siège de la cité de Théopolis du préfet Dardanus au début du Ve siècle. Une crypte paléo-chrétienne existe encore à Dromon. Enfin, au XIe siècle, Chardavon voit l’implantation de la communauté des chanoines de Saint-Augustin et plus d’une vingtaine de chartes sont consignées dans le cartulaire de Saint-Victor concernant Saint-Geniez. En fait il existait trois communautés, Chardavon qui fut commune à part entière jusqu’en 1861 et les deux castra de Dromon et de Saint-Geniez. Dromon était beaucoup plus peuplé au Moyen Age que Saint-Géniez, 60 habitants à Saint-Géniez en 1315 tandis que Dromon en comptait 390. Mais en 1471, les deux communautés étaient déclarées inhabitées. Le redressement fut lent et progressif pour atteindre 558 habitants en 1851 tandis que Chardavon n’en comptait que 43 (Atlas, p. 195).

 

SAINT-GENIEZ

Le village tire son nom de l’église consacrée à ce saint. Elle apparaît en 1030 comme existant déjà quand l’évêque de Gap fait don à Saint-Victor de l’ecclesia beatii Genesii qui est sita in territorio Dromonensi (CSV, II, n° 712, p. 57-58). Suivent durant le XIe siècle et les suivants plusieurs dons de manses, de terres et de biens in territorio de Dromone, in territorio de castro Dromone 1. Vers 1351, l’église est desservie par un prieur, prior Sancti Genesii de Dromono (Pouillés, p. 89) et les moines de Saint-Victor resteront à Saint-Geniez jusqu’au XVIIe siècle, moment où la paroisse dépendra du chapitre de Notre Dame des Doms d’Avignon. Au sortir des guerres de Religion, en 1602, l’église de saint Genis est toute brutte par dedans, le couvert est rompu et gasté (ADHA G 780). Elle sera réparée assez rapidement.

 

418. Notre-Dame d’Abros

Abros comprenait deux hameaux situés au SE de Saint-Geniez sur les rives du Vançon, Abros et le Petit Abros. Abros semble avoir hérité du statut de paroisse dès le XVIe siècle car quand l’évêque s’y rend en 1602 il qualifie l’édifice d’église et non de chapelle, l’église Notre Dame d’Abroux n’est ni pavée, ni voûtée. En fait Notre Dame est la patronne de la paroisse tandis que les saints Philippe et Jacques en sont les titulaires. C’est ce que confirme l’abbé Féraud, la paroisse d’Abros est sous le titre des apôtres saint Jacques et saint Philippe. Elle fut construite en 1617 (p. 413). En fait cette date correspond à une reconstruction après les dégâts causés par les guerres de Religion. En effet, le castrum de Abrohos est compris dans le baillage de Sisteron en 1537 et il certain qu’il possédait une église paroissiale 2. L’église va perdre son statut de paroisse au cours du XIXe siècle quand l’exode rural va s’accentuer. En 1899, l’église est desservie par le curé de Saint-Geniez (2 V 73). Elle est encore bien meublée lors de l’inventaire de 1906 et mesure 40 m² (1 V 68). Elle va tomber progressivement dans l’oubli, les habitants désertant la vallée. R. Collier l’a visité dans les années 1970 et l’a reconnue très délabrée dominant son hameau ruiné dans la vaste et silencieuse solitude d’une vallée où la forêt ensevelit peu à peu les derniers vestiges de la présence humaine. Elle était formée d’une nef de deux travées voûtées sur simili-croisées d’ogive… L’abside, plus basse et plus étroite que la nef, est voûtée en cul-de-four. Il date l’ensemble du XVIIe siècle (p. 189). Depuis sa visite une partie du village a été restaurée ainsi que la chapelle. Celle-ci présente un chœur orienté vers l’est, ce qui est inhabituel pour une construction du XVIIe siècle. Il se pourrait alors qu’elle puisse remonter au XIIe-XIIIe siècle.

 

419. Notre-Dame de Pitié à La Forest

La Forest est un ancien quartier situé à l’est d’Abros sur la rive gauche du Vançon aujourd’hui complètement déserté depuis plus d’une centaine d’années. La première mention d’un édifice religieux date du 25 avril 1687 lors de la visite de l’évêque de Gap, à La Forest, Notre Dame de Pitié, patronne (ADHA G 786). Elle n’est pas citée lors de la visite de 1602 ce qui indiquerait qu’elle était en ruine. Le castrum de la Forest de Dromont est cité en 1537 en même temps que celui d’Abros. L’église dépend de la paroisse d’Abros dont elle n’est pas trop éloignée. C’est ainsi qu’elle est citée lors des visites pastorales du XIXe siècle. Le 21 juin 1858, elle est en réparation et est encore mentionnée en 1862, 1867 et 1873 (2 V 91). L’inventaire de 1906 l’ignore. Depuis, les maisons et la chapelle sont devenus des ruines envahies par la forêt.

 

420. Chapelle de la Roubine

Cet ancien hameau de la Roubine dit aussi Robinette ou Roubinette est situé au SE d’Abros et au sud du précédent. Une chapelle dépendante d’Abros y est élévée pour desservir les fermes disséminées dans la montagne. Elle est citée lors des visites du XIXe siècle en même temps que celle de la Forest. On ne connaît pas son titulaire et l’habitat a subi le même sort que les deux précédents.

 

421. Notre-Dame de Dromon

Dromon est le nom du territoire où coule le Vançon. Il est cité au début du XIe siècle à la fois comme territoire, in territorio Dromone et comme castrum, castrum Dromone, les deux entités étant souvent associées, in territorio de castro Dromone. Le castrum est situé sur un massif rocheux élevé, à l’altitude de 1285 mètres, dominant la plaine de près de 120 mètres. On y a relevé des traces d’habitat de la Protohistoire à l’Antiquité tardive, puis une réoccupation au Moyen Age avec bâtiments, tour de défense, basse-cour et fortifications (CAG, p. 408-409). On connaît l’un des seigneurs du castrum cité entre 1010 et 1040, Willelmus de Dromo qui tient le fief de Dromon (CSV II, n° 981, p. 432). L’habitat était établi au pied du rocher et jusqu’en 1471 était l’agglomération la plus importante de la vallée comme on l’a vu plus haut. La peste et les guerres vont l’anéantir totalement et il ne sera pas rétabli. Seule, l’église paroissiale, Notre-Dame de Dromon, restera le seul témoin de cette vie disparue. Elle est située au nord du Rocher de Dromon et nous renvoyons le lecteur aux nombreuses études qui lui ont été consacrées, en particulier sur la crypte située sous l’église moderne 3.

 

422. Notre-Dame de Chardavon

Chardavon a été commune à part entière jusqu’en 1861, année où elle a été rattachée à Saint-Geniez avec moins de cinquante habitants. Le vocable est cité comme confront lors des donations faites à l’abbaye de Saint-Victor au début du XIe siècle en 1030 et vers 1035, clusa vallis Cardaonis, posterula de rocha Cardaonis (CSV II, n° 713, p. 59 et 718 p. 64). C’est vers 1060 qu’est créée la prévôté de Chardavon sous l’invocation de la Vierge et de Saint-Jean-Baptiste et soumise à la règle de Saint-Augustin. Les chanoines en 1319 étaient au nombre de dix-sept et vingt quatre prieurs desservaient vingt et une paroisses 4. A ce propos un litige s’est élevé entre les chanoines et les moines de Saint-Victor au sujet des églises de Saint-Martin de Cornillon, de Bezaudun et de l’Escale. Il fallut que l’archevêque d’Aix, assisté des évêques d’Apt, de Gap et de Sisteron, intervienne en 1180 pour conclure une transaction par laquelle la paroisse de l’Escale revienne à Saint-Victor, les deux autres aux chanoines (CSV II, n° 870, p. 260-261). Mais en 1385, le monastère est entièrement détruit par des bandes armées et la communauté vient se réfugier à la Baume 5. Seule, semble-t-il, l’église fut conservée.

Celle-ci est sous la titulature de Notre-Dame comme attesté lors de la visite de l’évêque en 1602, mais n’y ayant que les quatre murailles. Le 25 avril 1687 lors d’une autre visite, il est constaté que l’église est un peu éloignée du village. Autrefois la paroisse, sous le titre de saint Roch, allant en ruine, près de laquelle est le cimetière. La nouvelle église est bâtie dans le village, sous le même titre de saint Roch (ADHA, G 780 et 786). C’est en effet le 19 juillet 1671 qu’est bénie la nouvelle église sous le titre de Notre-Dame-de-Consolation avec comme patron saint Roch 6. Il ne reste plus rien de la première église et la seconde est en mauvais état.

 

423. La communauté de la Penne et son église

La Penne est un hameau situé au nord du village de Saint-Geniez sur un vieux chemin allant à Châteaufort dit par le cadastre de 1814 Chemin de Saint-Geniez à La Motte. Le territorium de Pinna est cité comme confront vers 1030 lors des donations faites à Saint-Victor (CSV II, n° 714, p. 60). En 1297, le castrum est cité avec celui d’Antraix tous deux associés à celui de Châteaufort. Il est composé de 20 feux, soit une centaine d’habitants. C’est un nombre suffisant pour que le territoire soit équipé d’une église paroissiale. Elle est citée vers 1350 avec un cappellanus de Penna, puis en 1351 comme ecclesia de Penna (Pouillés, p. 88 et 93). Comme bien d’autres communautés, elle est déclaré inhabitée à la fin du XIVe siècle (Atlas, p. 170). On ne connaît pas sa titulature et a dû être rebâtie au XVIIIe siècle puisqu’elle figure sur la carte de Cassini. Aujourd’hui, il n’en reste rien.

 

Synthèse

Les églises de Saint-Geniez et de Dromon sont clairement identifiées comme étant antérieures à l’enchâtellement, la première existant déjà en 1030, la seconde avec sa crypte du Xe ou XIe siècle. Deux églises sont citées au XIVe siècle outre celle de Saint-Geniez, celles de la Penne et de Chardavon. Celle de Dromon est abandonnée à la fin du même siècle par défaut d’habitants, mais un pèlerinage la sauvegarde. Au cours des XVIe et XVIIe siècles, une paroisse est fondée à Abros et des chapelles succursales à La Forest et à La Roubine. Aux XVIIe et XVIIIe siècles sont reconstruites les églises de Chardavon et de la Penne.

 


1 Chartes n° 712, 713, 714, 718, 720, 721, 722, 724, 725, 726, 727, 728, 729. 843, 844, 848, 892, 922, 981, 982, 1025, 1131.

2 Laplane, Essai sur l’histoire municipale de la ville de Sisteron, 1840, p. 222.

3 Alpes Romanes, p. 233-238 et Provence Romane 2, p. 84-86 qui fournissent les principales sources bibliographiques.

4 Laplane II, p. 392-398. Souvenirs religieux, p. 85-88. Féraud, p. 445-447.

5 Cité par Laplane II, p. 394 et note 1 : lettres datées du 14 août 1385 autorisant la translation suite au monastère qui a été détruit et totalement dévasté, tant dans les maisons, les animaux, les troupeaux de moutons et tous les autres biens.

6 Le texte de la bénédiction gravé sur une pierre est fourni par Laplane, p. 394, note 2.

 

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Faisait partie du diocèse de Sisteron et de la viguerie de Forcalquier, aujourd’hui chef-lieu de canton. Cette vaste commune de 4842 hectares occupe une partie des pentes sud de la montagne de Lure et une plaine arrosée par la Laye. Elle est située à l’ouest de la commune de Cruis et au nord de Forcalquier. En 1315, elle est composée de deux habitats principaux, Saint-Etienne avec 260 habitants et Les Orgues avec 125 habitants. En 1471 les deux communautés ne totaliseront plus que 70 personnes. C’est à partir de cette période que la communauté des Orgues va disparaître. Saint-Etienne va devenir le centre de la vallée et regrouper la population qui va atteindre les 1200 habitants en 1851. Au XVe siècle elle élève une église paroissiale à l’emplacement d’une chapelle dédiée à saint Etienne. En 1073 Guilelmus Calcia, son épouse Domidia, leurs fils Ugo, Guillaume et Bertrand donnent à l’abbaye de Saint-Victor in valle Ausonica l’église qui est consacrée au protomartyr saint Etienne avec le cimetière et les offrandes qui appartiennent à cette église (CSV II, n° 683, p. 22-23). C’est la seule mention de cette église dépendant de Saint-Victor, elle n’est plus citée par la suite 1.

 

414. L’abbaye de Lure

En effet le territoire va changer de main à partir du XIIe siècle quand va être fondée vers 1165 l’abbaye chalaisienne de Lure. Des donations avaient été faites par plusieurs seigneurs de la contrée, en particulier Foulques des Orgues, en faveur de Guiges abbé de Boscaudon, pour fonder une filiale. Le comte de Provence Guillaume IV confirma ces donations en 1191, puis de nouveau en 1207. Le texte de la première donation étant perdu, celui de 1207 cite les domaines appartenant à l’abbaye, dont une maison ou grange dans la vallée de Saint-Pons de Lure, ainsi qu’un cellier dans la vallée de Saint-Etienne et aussi un moulin que les moines pourront construire où ils voudront dans la vallée de Montlaux. Les limites des propriétés s’étendent du four Juramaria jusqu’au delà la combe de Lauthier (Bouche II, p. 168). Outre ces biens l’abbaye en possédaient d’autres dans d’autres communes et avaient également la charge et les bénéfices de certaines églises, dont celle de Saint-Etienne 2.

 

415. Les Orgues

En 1315 le castrum des Orgues comptait 125 habitants et on a reconnu un certain Foulque des Orgues, Fulco de Alsonicis, faisant des dons vers 1170 avec d’autres seigneurs de la région à l’abbé de Boscodon pour fonder une abbaye dans le territoire. Il était situé au sud du territoire sur une colline à l’altitude de 600 mètres. On ne sait rien de ce castrum sinon que son territoire est déclaré inhabité vers l’an 1400. Il devait posséder une église paroissiale dont on ignore tout.

 

416. Chapelle Saint-Joseph

Elle est citée comme chapelle rurale lors des visites pastorales du XIXe siècle et on assure qu’elle est décente. Lors de l’inventaire de 1906 on la situe à 300 mètres sur la route d’Ongles. Elle est placée immédiatement après le cimetière qui fut construit en 1828. L’édifice est orienté vers le nord, à 10 ° et est perpendiculaire à la route. On y accède par un escalier de cinq marches qui conduisent d’abord sous un auvent de un mètre de profondeur. La façade est ornée d’une porte et d’une ouverture fermées par un grillage et des barreaux, ce qui permet d’examiner l’intérieur. Celui-ci est couvert par une voûte en berceau, le chœur en hémicycle, les murs crépis laissant apparaître un décor peint. Un autel récent, en maçonnerie, supporte un tabernacle et un gradin sur lequel repose une statue en plâtre de saint Joseph et de l’Enfant Jésus. Les murs extérieurs sont entièrement crépis et la toiture, en parfait état, est couverte de lauzes.

 

417. Chapelle Saint-Sébastien

Elle est citée en même temps que la précédente, sur la même route, mais à 1500 mètres selon l’inventaire qui ajoute qu’elle date de 40 ans. Orienté à 310°, c’est un petit édifice entièrement crépi. L’encadrement de la porte est formé d’une plate-bande dont le linteau et les piédroits sont décorés d’une moulure. Le linteau est constitué de deux sommiers et d’une clef décorée d’une croix portant la date gravée de 1855. Les piédroits reposent sur une base en saillie et l’encadrement est en avant du nu du mur.

 

Synthèse

Quand est donnée à Saint-Victor l’église Saint-Etienne en 1073, celle-ci existe déjà et est dans les mains d’une famille de laïcs. C’est elle qui perçoit les dîmes et les offrandes. Ancien bien d’église accaparé lors des troubles, sa fondation peut remonter au haut Moyen Age. C’est un phénomène assez courant mais qu’il n’est pas toujours évident de détecter. Ici, le cas est assez clair avec un sanctuaire spolié par des laïcs au Xe siècle, en milieu ouvert et dédié au premier martyr chrétien. C’est autour de lui que va se former le village avec une nouvelle église qui reprend le même titulaire et qui a donné son nom au territoire. Après Saint-Victor ce sont les moines chalaisiens qui vitalisent le terroir. Les deux chapelles Saint-Joseph et Saint-Sébastien semblent bien être des chapelles de protection élevées au XVIIIe et XIXe siècle.

 


1 Quelques renseignements sont fournis par PELLOUX L., Notices géographique et historique sur les communes du canton de St-Etienne-les-Orgues, Forcalquier, 1887, p. 3-27.

2 Sur cette abbaye, Souvenirs Religieux, p. 62- 67. Laplane, II, p. 399-402. Provence Romane 2, p. 240-242. Abbayes sœurs de l’Ordre de Chalais, p. 53-54. Abbayes et Prieurés, p. 67-68. R. Collier, p. 75, 78, 93-94, 107, 151, 354.

 

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Faisait partie du diocèse de Riez et de la viguerie de Moustiers, aujourd’hui dans le canton de Riez. La commune est située au sud de Riez, à la sortie des gorges du Verdon. Elle ne couvre plus que 1370 hectares sur les 1997 qu’elle comptait avant que soit créé le lac de Sainte-Croix en 1975. La population a progressé de 300 habitants en 1315 pour culminer à 456 en 1851. Sainte-Croix apparaît lors de la confirmation par le pape des prieurés relevant de Saint-Victor en 1098, où est mentionnée l’ecclesia sancti Crucis. Puis de nouveau en 1135, sancte Crucis. Et enfin en 1337, prioribus vero de sancta Crux ; de sancta Cruce 1. Les Pouillés de 1274 et 1351 citent le prior Sancte Crucis (p. 108 et 111). Le 8 octobre l’évêque de Riez Foulques achète de Raimond de Barras une partie du castrum et du territoire de Sainte-Croix. Dans le même temps Raimond Bérenger V vend l’autre partie à l’évêque pour 4000 sous raimondins 2. C’est ce que constate l’abbé Féraud : la seigneurie du lieu a appartenu très longtemps aux évêques de Riez. L’église paroissiale est dédiée à la Sainte-Croix. Elle date du XVIe siècle. La fête patronale est la Transfiguration (6 août), vulgairement Saint-Sauveur (p. 148). R. Collier est plus prudent : l’église paroissiale, dédiée à la sainte Croix, daterait du XVIe siècle, mais une restauration complète en a été effectuée en 1834 (p. 380). Il est probable qu’à la suite des guerres et de la peste l’église originelle, l’ecclesia sancta Crucis citée au XIe siècle, ait été ruinée et rebâtie ou plutôt qu’elle se trouvait ailleurs.

 

413. L’ancienne église Sainte-Croix 

En effet c’est l’abbé Féraud qui signale que l’on trouve au bas de la plaine de Sainte-Croix, les ruines d’une ancienne église bâtie par les Templiers qui avait longtemps servie de paroisse. Les Templiers ne sont autres que les moines de Saint-Victor qui possédaient ce prieuré depuis au moins 1098 et qui le détenaient encore en 1337. Il est possible que l’église du prieuré soit la première paroisse, située en effet au bas de la plaine et près du Verdon. Il n’en reste rien, le cadastre de 1825 et la carte de Cassini n’apportant aucun indice. De plus, le site doit être maintenant sous les eaux.

 

Synthèse

Il y eut, comme souvent dans d’autres paroisses, une première église paroissiale située en milieu ouvert et qui a laissé place à une nouvelle élevée dans le castrum.

 


1 CSV II, n° 697, p. 39 ; n° 844, p. 226; n° 1131, p. 616 et 623. 

2 Enquêtes, n ° 558, p. 357-358, note 4. RACP, n° 380, p. 462. GCN I, Inst. Riez, XX, col. 380-381, texte intégral.

 

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Faisait partie du diocèse d’Apt et de la viguerie de Forcalquier, aujourd’hui dans le canton de Reillanne. Cette petite commune de 865 hectares est située à l’ouest de celle de Reillanne et en limite avec le département du Vaucluse. Après avoir été habité par 70 personnes en 1315, le territoire est déclaré inhabité en 1471. La population va se relever progressivement pour atteindre les 207 habitants en 1851. Les premières données sur les églises et les abbayes à partir du XIe siècle sont confuses. Guérard, dans son Index Général des Noms du cartulaire de Saint-Victor attribue tout un lot de chartes faisant référence à une ecclesia sancta Crucis in valle Rellianae 1. Or, en examinant ces textes, on s’aperçoit que cette église Sainte-Croix serait située plutôt vers Montjustin et Montfuron. D’autre part, la commune de Sainte-Croix faisait partie du diocèse d’Apt et certaines chartes classent l’église dans le diocèse d’Aix. Les Pouillés du diocèse d’Aix la citent en même temps que les églises de Reillanne, Villemus, Montfuron et Montjustin (GCN I, Inst. Aix n° XL, col. 48), mais elle n’est pas mentionnée par les Pouillés du diocèse d’Apt. Nous n’avons pu pour l’instant résoudre ce dilemme. Ce qui est certain, par contre, c’est la donation faite vers 1113 par l’évêque d’Apt Augier à ses chanoines de plusieurs églises, dont celles de Montsalier, Vachères, Oppedette et Sainte-Croix (Monte Celio, Vacherias, Oppeda et S. Crucis) 2. Enfin, la dernière donnée fait dépendre Sainte-Croix de l’abbaye de Carluc au XIe siècle, puis de l’abbaye de Cruis au XIVe siècle et enfin de Montmajour au XVIe siècle 3. Il faudrait pouvoir déterminer parmi ces trois données quelles emprises Saint-Victor, le chapitre d’Apt et Montmajour ont effectivement eues sur le territoire de Sainte-Croix. Il est possible que Saint-Victor n’ait eu en sa possession que des biens terrestres consistant en vignes et terres, c’est ce qui ressort des chartes concernant Sainte-Croix. Le chapitre d’Apt est en possession de l’église paroissiale et des revenus qui en découlent. Quant à Carluc, il est probable qu’il ait été à la tête d’un prieuré rural situé en dehors de l’agglomération. En effet, le cadastre de 1833, signale en section A 1, parcelle 237, un bâtiment dit Ste-Croix à 200 m au NE du village qui pourrait constituer le prieuré.

Si l’abbé Féraud date l’église paroissiale du XVIIIe siècle, R. Collier n’est pas du même avis : l’église appartient à cette catégorie de tradition romane, bien que sa nef, d’une seule travée,  soit aujourd’hui plafonnée. L’arc triomphal, en plein cintre, à pilastres rectangulaires, à impostes à méplat et doucine, semble du XIIe siècle. Le chœur actuel est formé par une travée droite, et un mur le sépare de l’abside, en cul-de-four, prise extérieurement dans un massif de maçonnerie. Le clocher-tour, accolé au chœur, peut, quoique bien repris, remonter dans l’ensemble au XIIe siècle. Il est en partie en appareil de taille soigné ; son étage supérieur, percé de baies en plein cintre, est séparé de l’inférieur par une moulure composée d’un méplat et d’une doucine ; il subsiste des vestiges de bandes lombardes (p. 151-152).

 

412. La chapelle Saint-Didier

R. Collier est le premier à signaler que la chapelle du cimetière était inconnue jusqu’à ces dernières années, enfouie sous la terre et la végétation. La nef a presque entièrement disparu, mais le choeur se maintient, avec une voûte sur croisée d’ogive, en bon appareil et en bon état. Les nervures, composées d’un tore à méplat ou à arête et de deux gorges larérales, se prolongent dans les angles sous forme de colonnettes, ayant des chapiteaux polygonaux ou du type « bobine ». Arcs formerets. Fin XIVe, début XVe (p 177-178). La CAG signale dans la chapelle Saint-Didier, à la sortie orientale du village, à l’occasion d’un chantier de restauration a été trouvé un fragment d’inscription funéraire (p. 401). Elle ne figure ni sur le cadastre de 1833 ni sur Cassini, preuve déjà de sa ruine à ces dates. Cette chapelle, en milieu ouvert, sur un site antique, pourrait relever des églises pré castrales. Restaurée.

 

Synthèse

Les données confuses ne permettent pas d’avoir une vision précise de l’état de la paroisse et des prieurés éventuels. La dépopulation à la fin du XVe siècle n’a pas favorisé la perennité des lieux de culte, en particulier ceux de Saint-Didier et de Sainte-Croix.

 


1 CSV II, p. 759. N° des chartes : 408, 410, 413, 416, 420, 421, 422, 843, 844, 848, 988, 1071.

2 Cartulaire de l’église d’Apt, Vicomte Oscar de Poli, Paris, 1900, n° 59, p. 18-19.

3 Provence Romane 2, p. 188. Atlas, carte n° 75. Féraud, p. 187. Souvenirs Religieux, p. 53. Abbayes et Prieurés, p. 30.

 

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