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Faisait partie du diocèse de Gap et de la viguerie de Forcalquier, aujourd’hui dans le canton de Sisteron. Terroir montagneux traversé par le Vançon près duquel le village est établi. Cette commune a connu trois communautés distinctes, Briançon qui lui fut uni au XVe siècle et Feissal, commune rattachée en 1936.

19. La communauté de Briançon et le siège de 1393

La première mention date de 1190, avec un personnage nommé Guigo de Brienzo, témoin lors d’une donation faite à Saint-Geniez-de-Dromon (CSV II, n° 982, p. 433). En 1315, la communauté est composée de 42 feux, soit plus de 200 habitants, alors qu’Authon n’en comporte que 24, presque moitié moins. En 1309, Noble Pontius Molleti, prête hommage au roi Robert pour une part de Dromono et de Briansono (1). Le castrum de Briançon va être complètement ruiné et détruit par le feu en 1393. Investi par une bande armée commandée par Rigaut de Montomat le 4 novembre 1392, ce dernier coupe la route au passage du Maupas, rançonne et pille la campagne et va même jusqu’aux portes de Sisteron. Le baillage de Sisteron réussit à réunir une armée avec bombardes, trabucs et balistes qui met le siège de Briançon. Finalement, en février 1393, on préfère transiger en payant 800 florins aux rebelles et à condition d’incendier le château de Brianson et de n’y laisser en sortant que des ruines (2). C’était la fin de la communauté, Briançon et Authon ne réunissant plus que 14 feux en 1471, soit 70 habitants au lieu de 330, la peste ayant poursuivi l’œuvre des bandes armées.

L’église paroissiale de la communauté de Briançon n’est citée dans aucun texte. Elle devait dépendre, comme Authon, d’abord des Templiers, puis des Hospitaliers, ce qui expliquerait ce silence puisque ne relevant pas de l’évêché de Gap. On ne connaît donc pas son titulaire, peut-être saint Michel qui a donné son nom à un quartier limitrophe des fermes actuelles de Briançon et dont la titulature correspond bien aux Templiers.

20. Authon. Procession votive à la chapelle Sainte-Marthe

La communauté d’Authon a appartenu d’abord à l’Ordre du Temple, puis à celui de Malte, dépendant de la commanderie de Claret puis de celle de Gap (2). C’est pourquoi l’église n’est pas citée par les Pouillés du diocèse de Gap et l’on ne connaît pas sa première titulature. La première citation date de 1602 lors d’une visite de l’évêque de Gap (ADHA, G 780). Elle est dédiée à sainte Marie-Madeleine et le presbytère (le chœur) est presque tout par terre. Sise dans le village, au bord du Vançon, elle semble avoir succédé à une église dédiée à sainte Marthe.

En effet, en 1899, l’enquête sur les lieux de culte reconnaît une petite chapelle dédiée à Ste Marthe sur une colline avoisinante ; sans document, écrit ou oral, qui puisse faire connaître l’époque à laquelle remonte sa fondation. Coutume antique, sans décret d’autorisation : le jour de Ste Marthe, procession votive de toute la population avec messe et bénédiction solennelle des enfants de la paroisse.

Aujourd’hui entièrement rebâtie depuis 2007, la chapelle se trouve à 300 mètres au nord du village sur une colline dominant le Vanson et le village d’Authon, à l’aplomb d’un petit plateau. Cette situation géographique est plus favorable et plus salubre que celle du village dans la vallée, sujet à l’humidité et aux inondations. Un grand nombre de villages sis dans les vallées a succédé, non à des villages perchés lors de l’enchâtellement, mais à des sites ayant choisi des petits plateaux situés aux adrets des pentes. Ce fait se révèle durant l’Antiquité et la période carolingienne. On évite les bas-fonds et l’on recherche une bonne exposition. Ce phénomène est particulièrement remarquable dans les vallées étroites, comme on le verra pour d’autres communes.

En 1602 l’église est dédiée à sainte Marie-Madeleine. C’est l’époque où le culte de cette sainte s’est particulièrement développé et de nombreuses églises paroissiales l’ont adopté au détriment du titulaire originel. C’est le cas  par exemple, des paroisses de Valernes et de La Motte-du-Caire. Par contre, le culte de sainte Marthe s’est propagé de la Provence à partir du XIIe siècle, moment où furent découvertes ses reliques présumées. La procession votive à la chapelle Sainte-Marthe est sans doute le reliquat d’une mémoire d’un passé où la communauté se rassemblait dans sa première église.

21. Le prieuré de Saint-Victor à Feissal

Il apparaît lors d’une confirmation en 1113. Déjà existant à cette date, on ne connaît pas sa fondation originelle. Il est encore cité en 1135, 1336 et 1445 (4). La commune ne fut jamais très peuplée, 97 habitants en 1765, 60 en 1851. Le rattachement à Authon en 1936 a résulté d’une quasi désertion de la population. La titulature de l’église varie selon les auteurs, Notre-Dame ou Marie-Madeleine. Aujourd’hui c’est Notre-Dame qui subsiste.

Synthèse

Plus qu’une seule communauté sur les trois qui composaient le territoire. Une a disparu lors des guerres du XIVe siècle, l’autre par désertion des habitants au XXe siècle. C’est à Authon que l’on peut déceler une première église pré castrale, celle représentée par la chapelle Sainte-Marthe. La procession votive témoigne de ce retour aux sources de la communauté. Pour le prieuré de Feissal, on ne peut dire s’il est de la même origine, mais son existence est antérieure à 1113.


(1) Laplane , Histoire de Sisteron, Digne, 1843, I, p. 468.

(2) Idem, p. 213-217.

(3) Atlas, p. 162. Féraud, p. 447-449. Collier, “Les Templiers en Haute-Provence”, Bull. SSL, T. XXXVI, 1960, p. 197-196.

(4) CSV II, n° 848, 844 et 1131. La dernière référence est fournie par E. Baratier, « La fondation et l’étendue du temporel de l’abbaye de Saint-Victor », Provence Historique, 1966, T.  XVI, fasc. 65, p. 427.

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Faisait partie du diocèse et de la viguerie de Sisteron, aujourd’hui dans le canton de Volonne. Petite commune de 1474 hectares, sur la rive droite de la Durance, traversée par la via Domitia. Il est probable d’ailleurs que l’autel dédié au dieu romain Silvain conservé dans l’église soit à sa place originelle et que l’église paroissiale ait remplacé un temple païen. Curieusement, celle-ci est au pied la butte où s’est constitué le castrum au XIIe siècle et n’a pas été transférée sur ce dernier comme ce fut presque toujours le cas.

18. La chapelle/église du Forest

Aubignosc apparaît la première fois en 1040, Albinioscum, puis en tant que castrum vers 1200 (1). L’église paroissiale Saint-Julien est attestée en 1274, ecclesia Sancti Juliani de Albinoscho (Pouillés, p. 117). La chapelle et l’habitat du Forest n’apparaissent pas dans les textes de la fin du Moyen Age (Pouillés, Enquêtes, Liste des castra). L’abbé Féraud avance l’année 1754 comme l’année de sa construction. La titulature à Notre Dame est cependant une indication précieuse, pouvant correspondre à une fondation des XIe-XIIe siècles et peut-être antérieure.

Le premier document la mentionnant date de 1817 : la chapelle de La Foret a été desservie quelque temps par le chef-lieu. La Foret ci-devant annexe de la paroisse d’Aubignosc comprend 30 feux. Elle est à une demi-heure de chemin de l’église paroissiale, les boues que l’on trouve dans cette contrée sont un obstacle réel aux communications (2). Le coutumier de 1835 rapporte, il y a une église ou chapelle à la Forest hameau de la paroisse d’Aubignosc. Elle est en bon état depuis la restauration du culte en France. Le desservant d’Aubignosc y célèbre tous les dimanches et fêtes d’obligations la sainte messe à 8 heures du matin. On y chante les vêpres après la messe. C’est une coutume très ancienne de baptiser les enfants dans l’église de la Forest, d’y célébrer les mariages, y faire les obsèques et autres cérémonies religieuses.

Le hameau du Forest est agrémenté d’une petite cour rectangulaire, au centre de laquelle existait un puits maintenant comblé. La chapelle jouxte la cour au sud, orientée à 100 °. Bâtiment à chevet plat avec clocheton sur le pignon. Intérieur : voûte en berceau sans discontinuité sur toute la longueur, y compris le chœur, sans pilier ni corniche. L’élément le plus ancien est une belle cuve baptismale en pierre du pays. Le cimetière, fermé, côtoie l’église au sud, une porte maintenant bouchée dans l’église permettait d’y accéder directement. A l’est, terrain propice aux cultures, bordé par une ligne de collines dite le Prieuré.

Ces constatations permettent d’envisager une fondation carolingienne avec une cour proprement dite autour de laquelle se groupait les bâtiments d’exploitation de la villa. A côté, l’église, parallèle à un côté de la cour qui est orientée à 100-110 °. Le silence des sources durant la fin du Moyen Age indique que le lieu n’a pas été réoccupé après la période sarrasine. Il a seulement été réinvesti à partir du XVe siècle. Une maison côtoyant la cour et l’église à l’est présente trois ouvertures de type Renaissance. Sur le linteau, date gravée 1620 avec une croix. La porte et deux fenêtres du premier niveau de la façade présente un encadrement avec feuillure, dont les piédroits sont ornés d’un large chanfrein se terminant par un congé. Il pourrait s’agir du prieuré.

Synthèse

La création du village fortifié par Gautier vers 1070 n’a pas entraîné l’élévation d’une nouvelle église. Celle-ci a continué sa vocation paroissiale commencée sans doute depuis le haut Moyen Age dans la continuité d’une occupation antique. Quant au Forest, les indices sont trop minces pour conclure, mais cependant ouvrent une voie.


(1) Donation en 1070 par le comte Bertrand de la part de ce qu’il possède à Aubignosc : de Albinosco, cum omnibus sibi pertinentiis sic volo, et principue dono meam partem, de Castro novo quod Galterius construxit in territorio de Albinosco. Texte cité par Papon 2, in Preuves, VII, p. v-vi.

(2)  Etat des églises en 1817 (ADAHP 2 V 73).

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Faisait partie du diocèse de Sisteron et de la viguerie de Forcalquier, aujourd’hui dans le canton de Reillanne. Cette petite commune de 793 hectares est située au nord de Reillanne à une altitude moyenne de 600 mètres et est irriguée par le Largue qui passe sur sa limite est. Avec 300 habitants en 1315, le territoire est reconnu inhabité en 1471. Il va remonter péniblement à 160 habitants en 1765 et 181 en 1851. Le village est constitué seulement du château, de l’église et de quelques maisons. Le reste de l’habitat est dispersé en plusieurs bastides. L’église est sous le titre de l’Assomption de la Vierge et la nef est réduite à une travée. Sous le berceau brisé, se trouve un cordon assez grossier, au méplat profilé d’une doucine. Chevet plat, clocher-arcade à trois baies. L’église est encore un spécimen du roman tardif, XIIIe siècle peut-être (Collier, p. 121. Egalement Provence Romane 2, p. 233). Elle est citée en 1274, ecclesia de Albennatio (Pouillés, p. 117).

Les visites pastorales du XIXe siècle annoncent qu’il n’existe pas de chapelle rurale sur le territoire. La carte de Cassini et le cadastre de 1833 sont également muets. On peut seulement repérer deux toponymes, Sainte-Marguerite au sud et Saint-Jean au nord qui peuvent être les reliquats d’anciens prieurés. En effet, Dom Cottineau mentionne un prieuré bénédictin sous le titre de Saint-Jean (1).


(1) Dom L.-H. COTTINEAU, Répertoire topo-bibliographique des abbayes et prieurés, Macon, 1936, I, p. 187.

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Faisait partie du diocèse et de la viguerie de Digne, aujourd’hui dans le canton de La Javie. Le terroir montagneux s’étend sur 1299 hectares et n’a pu accueillir une grande population. Les 125 habitants de 1315 seront le maximum jamais dépassé. Le polyptique de Wadalde de 814 cite une bergerie à Argario, sans doute à l’emplacement du village qui lui a emprunté son nom (CSV II, H 76, p. 648). En 1193, le castrum d’Argal est donné au chapitre cathédral de Digne par deux seigneurs, Tarion et Raymond de Saint-Julien. La confirmation de cette donation est approuvée par Ildefonse la même année (Isnard, p. 304-305 et 432). Par la suite, la seigneurie demeurera dans les mains du chapitre jusqu’à la Révolution. En 1351, la prebenda de Archallo se monte à 30 livres, tandis que le cappellanus de Archallo perçoit 10 livres (Pouillés, p. 255 et 257).

17. L’ancienne église Notre-Dame et la procession votive

Quand Archail apparaît en 1193, c’est sous la forme d’un castrum et la paroisse est déjà établie avec son église dans le village. Elle est sous le titre de Notre-Dame de l’Assomption et a pour patron secondaire saint Georges. En 1698, elle est en effet dédiée à Notre Dame avec un tableau représentant le couronnement de la Vierge (ADAHP, 1 G 5). Visite pastorale du 21 juin 1684 : lors de cette visite l’évêque remarque que le cimetière est esloigné du village, il est au devant de la chapelle qu’on dit avoir esté l’ancienne église lequel cimetière n’est point clos. Achard relate que les Fêtes de S. Georges et de N.D. d’Août se célèbrent avec un grand concours des habitants des lieux voisins. La Procession part de la paroisse de S. Georges pour se rendre à la Chapelle de Notre-Dame. Les jeunes gens sous les armes la précèdent et les filles portent des gâteaux garnis de rubans. A leur tête sont les deux Abas avec leurs Abadessos. Ce sont eux qui ouvrent le Bal après le dîner, auquel les Etrangers ne sont pas admis à danser qu’après tous ceux d’Archail. Le prix de la course est un gâteau et celui des quilles un agneau. L’abbé Féraud reprend les mêmes données : Il existe une petite chapelle bâtie sur une hauteur, que l’on croit être l’ancienne église paroissiale, et à laquelle on se rendait autrefois en procession. Les jeunes gens, sous les armes, ouvraient la marche. Les filles, précédées de deux abas et de leurs abadesses, portaient des gâteaux garnis de rubans. Il y a une école primaire. L’enquête sur les lieux de culte de 1899 confirme la cessation de la procession : chapelle dédiée à Notre Dame de l’Assomption, située à l’intérieur du cimetière et dans laquelle aucune cérémonie n’est célébrée depuis 40 ans.

Cette chapelle, qualifiée d’ancienne paroisse où l’on se rendait en procession festive, est éloignée du village de 500 mètres, sur une haute colline dont le sommet a été aplani et consolidé pour y abriter le cimetière et une église. Le cimetière est toujours en fonction et c’est sans doute ce qui a sauvé l’édifice de l’oubli complet. Féraud signale en effet que la procession se faisait autrefois et au cours du XXe siècle la chapelle n’est plus entretenue. Elle a été restaurée en 1994 en réutilisant les pierres d’origine et en reproduisant le type d’appareil, mais plus grossièrement. Des photos prises avant la restauration montrent un mur à l’appareil lité à joints beaucoup plus fins que ceux qui ont été réalisés lors de la restauration. L’édifice d’une trentaine de m² est orienté à 90°. A l’intérieur subsiste dans le mur de chevet une petite ouverture à ébrasement en arc plein cintre qui a été bouchée de l’extérieur. Un massif de pierres a été dressé entourant la pierre monolithe soutenant la pierre d’autel, elle aussi monolithe. Ces deux pierres semblent d’origine.

La colline sur laquelle sont établis l’église et le cimetière n’est pas assez vaste pour accueillir un habitat. Celui-ci devait être en contrebas, dans la plaine et les collines, en fermes dispersées. On reconnaît ici l’implantation d’une église avec son cimetière en un lieu isolé correspondant aux premières églises rurales précédant l’incastellamento. L’église du castrum va reprendre la même titulature que l’église originelle, Notre-Dame, ce qui est souvent le cas quand il y a un transfert de paroisse. Elle utilise cependant toujours le même cimetière bien qu’éloigné et peu commode par la rudesse de la pente à gravir. Jusqu’au XVIIIe siècle, l’ancienne église sera l’objet d’un pèlerinage festif. Abandonnée, la mémoire collective tenace depuis un millénaire, permettra sa restauration à la fin du XXe siècle.

Synthèse

Après une première mainmise par les moines de Saint-Victor à l’époque carolingienne, le territoire se révèle à nouveau à l’aube du premier millénaire avec la création de l’église Notre-Dame élevée sur une colline pour desservir un habitat dispersé. Elle est aux mains de laïcs, seigneurs locaux. Ils en font don au chapitre ainsi que de leur castrum. Celui-ci se fortifie et regroupe la communauté autour d’un nouveau lieu de culte, tandis que le premier conserve par un pèlerinage la mémoire de sa création.

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Faisait partie du diocèse de Glandèves et était chef-lieu de viguerie. Aujourd’hui chef-lieu de canton. La commune s’étend dans un territoire montagneux, le village et les hameaux étant répartis le long de la Vaire. La population a toujours été relativement importante malgré un lieu difficile à cultiver. Il subsistait en 1471, après la grande peste, près de 350 habitants, ce qui suppose qu’elle se montait largement à plus de 1000 habitants au XIIIe siècle, chiffre qu’elle va retrouver à partir du XVIIe siècle.

Les donations à Saint-Victor de 1042

Les donations sont établies par plusieurs personnages dont le principal est Pons Sylvain. Elles sont faites à Saint-Victor et à l’église Saint-Pons qui est dans le territoire appelé Sigumanna (CSV II, n° 779, p. 126-128).  Guérard, suivi par Charles Rostaing, y reconnait l’ancien nom du bourg d’Annot. Or ce dernier est cité dans la charte sous son nom actuel, Ermenricus de Anoth. Sigumanna  est un territoire et pas simplement un nom de lieu à identifier avec Annot. Dans le texte qui suit la charte (n° 780), le vocable est cité sous la forme de Sago magna, le rédacteur ayant cherché à rendre clair un toponyme obscur. Pour Charles Rostaing, le toponyme provient de la racine pré-indoeuropéenne *s-k, à valeur oronymique et hydronymique. Il cite un Seguemagne dans la commune du Thoronet (Lorgues, Var) et un autre Sigomagna  dans la région de Riez, près de Valensole (p. 246).  Le vocable ne s’est pas prolongé dans le temps. C’est dans ce territoire de Sigumanna qu’est réalisée la première donation, dont sont donnés les confronts. On peut ainsi le situer entre les Scaffarels et le village de Saint-Benoît au nord du Coulomp. Sont cités en effet le Coulon (Cala), la Vaire (flumen Vaira), Lare (Lara) et le Serre (Serretum). Sont cités également des toponymes disparus, la Penne de Roca Rufa et le ruisseau Tribulum. Un autre territoire est cité, celui de Desomena. Guérard (CSV II , dict. géog., p. 864) le situe à la Saigne ou la Soigne, dans la commune d’Ubraye. Le même Pons Sylvain avec son frère, leurs épouses et fils, donnent une pièce de terre qui fait partie du manse de Benedictus et qui est près d’un clos planté en vigne faisant partie du domaine (dominicata), peut-être le quartier de la Condamine.  

Puis, plusieurs personnes font don à Saint-Victor de pièces de terre, de champs, de prés et surtout de vignes. C’est d’abord Willem, neveu de Pons Sylvain, qui fait don d’une vigne. Puis c’est Joan et son épouse qui offrent la moitié d’un champ appelé Ruptus ainsi qu’une partie d’un pré appelé Cellata (peut-être la Salette au Fugeret). Ils donnent encore une vigne domaniale située à Ceresarios, ainsi qu’une autre avec une source qui arrose un jardin. Puis, c’est Milon qui donne une vigne, une modiée de terre sur le mont Tribularium, une autre terre et deux autres vignes dont une du nom de Taman.

Géronda, de la lignée de Pons Sylvain, avec ses fils, fait don de toute la terre culte et inculte qui est de l’alleu de son père. Cette terre s’étend en-dessous de la Combe jusqu’à la Vaire et le chemin qui va au castrum Petriscum (Peyresq). Hermenricus donne trois parts des terres de Berlet qui font partie du manse Primus avec le pré de la baume de Canera. Ermericus de Anoth donne une pièce de terre qui confronte la baume Caneira qui se trouve dans le villare de Almald. Jean Garnier offre quatre sétérées de terre in villa Crispa, ainsi que la moitié d’une terre nouvellement défrichée (rota, routte) et une autre pièce de terre à Desomena. Enfin, Pons Sylvain fait don au monastère de deux manses, un dans la villa appelée Alons (Allons) que tient Girard et un autre dans le castrum appelé Petriscum (Peyresq) que tient Abundius.

Un ancien domaine carolingien

Un grand propriétaire se détache du groupe des donateurs, Pons Sylvain. C’est lui qui décide sa famille, ses proches et son entourage à faire des dons à Saint-Victor. Son domaine s’étend sur plusieurs territoires, Sigumanna et Desomena, mais aussi sur Allons, Peyrescq et Ubraye, sans doute aussi sur Braux, Le Fugeret et Méailles. Il possède en propre son alleu, dit également dominicata, domanial. Il est le seul à posséder des manses qu’il fait fructifier par des hommes de sa lignée ou de son entourage. Quand un de ceux-ci fait don d’une terre, elle est prise sur un manse qu’il entretient, mais qui relève de Pons Sylvain C’est le cas du manse que régit Benedictus, sur lequel Pons prélève une pièce de terre qu’il donne aux moines. On relève également un villare, petit village ou groupe de fermes appelé Almald, ainsi que deux villae, la villa Crispa et la villa Alons, termes issus de la période carolingienne, mais désignant alors une grosse ferme et son terroir.

Lors de la donation, l’église Saint-Pons existe déjà et elle appartient à Pons Sylvain. Elle est sise dans le territoire de Sigomanna, qui, semble-t-il, s’étend dans la vallée de la Vaire. Il est probable que cette église et le territoire de Sigomanna soit le reliquat d’un ancien domaine carolingien, séquestré par la famille de Pons Sylvain au cours du Xe siècle lors des troubles et des guerres civiles. Ce domaine n’apparaît pas dans le polyptique de Wadalde de 814, car sans doute aux mains d’un aristocrate ou d’une autre communauté religieuse (1). Par contre, celui de Rouaine est cité comme faisant partie des domaines de Saint-Victor, colonica in Ruacini dans la villa Virgonis. Il est probable que le vocable Sigomanna soit le toponyme antique du territoire d’Annot et peut-être aussi le nom de la peuplade préromaine qui l’habitait. L’église Saint-Pons est à l’emplacement du village et de l’église paroissiale actuelle, maintenant dédiée à saint Jean-Baptiste. Elle occupe le sommet d’une petite colline dominant la vallée, le village s’étant développé sur les pentes. Jusqu’en 1135, l’église Saint-Pons, donnée aux moines, n’est citée que comme cella, c’est-à-dire comme église de prieuré et non comme église paroissiale.

13. Notre-Dame de Vers-la-Ville, première paroisse et lieu de procession

500 m au nord du village, au pied de la pente de la montagne, subsiste une chapelle dédiée à Notre-Dame au quartier dit de Vers-la-Ville. Les auteurs y placent le premier village médiéval d’Annot. Le toponyme ville évoque une fondation carolingienne, centre d’un domaine. Des tombes ont été découvertes autour de la chapelle, mais sans indications précises pour en reconnaître l’antiquité. Cette église semble être restée paroissiale jusqu’à la fin du XIIe siècle au moment où s’est formé le castrum. L’église du prieuré est alors devenue paroissiale et Notre-Dame de Vers-la-Ville à été abandonnée comme paroisse. L’enquête sur les lieux de culte de 1899 nous révèle que les paroissiens ne l’ont pas oublié : la veille de l’Ascension et le mardi de Pentecôte ils s’y rendent en procession et le curé y célèbre la messe (2) .

14. Notre-Dame de Vérimande et les Templiers

D’après l’abbé Féraud  (p. 292-293), les Templiers possédaient jadis à Annot un couvent très riche, qui était une succursale de leur établissement du Fugeret. La chapelle de Vérimande et ses attenances, l’ancienne paroisse et une partie des propriétés voisines leur appartenaient, aussi bien que le quartier appelé Preoulat, prieuré. Après la suppression de l’Ordre, l’ancienne paroisse fut érigée en chapellenie, le preoulat fut assigné à la paroisse, et les terres de Vérimande vendues aux religieux de Saint-Pons de Nice. Dom Beaunier, dans Abbayes et Prieurés (II, p. 173) reconnaît : Notre-Dame de Virimanda, dépendant de Saint-Pons de Nice (1247) et uni à la charge du prieur claustral (1610). L’Atlas Historique (p. 160) souligne qu’Annot était une possession des templiers et de Saint-Victor, réunie au domaine comtal. Les Pouillés de 1351 et de 1376  signalent seulement : ecclesia Mosterii de Annoto et ecclesia Beate Marie de Virimando (p. 262 et 265). Il semble qu’on a fait confusion entre Notre Dame de Vérimande et Notre Dame de Vers-la-Ville. En effet, la citation de 1247 ne concerne pas la première mais bien la seconde : in diocesi Glandatensi, ecclesiam Sancte Marie de Annoto, cum pertinentiis suis (3). C’est Notre Dame de Vers-la-Ville qui dépend de l’abbaye de Saint-Pons de Nice. Vérimande et son tènement sont une annexe des Templiers établis au Fugeret. Effectivement, après la suppression de l’Ordre au début du XIVe siècle, l’ensemble des biens des Templiers revinrent à l’abbaye de Nice. Le 22 février 1369 est cité Antoine Rocca, prieur de l’église de Notre Dame de Virimanda située au territoire d’Annot (4) .

15. La chapelle Sainte-Anne à Rouaine

L’église paroissiale de Rouaine est dédiée à Saint-Pierre-aux-Liens. Une chapelle rurale dédiée à sainte Anne est signalée en 1866, 1870 et 1876, elle est en bon état pour les messes (2 V 86). En 1884, il faut réparer la porte. Elle est encore actuellement en bon état, située à 500 m à l’ouest du village. Elle ne figure pas sur la carte de Cassini (n° 153).

16. Chapelles disparues, Saint-Vincent et Saint-Claude

Elles sont signalées dans les insinuations de l’évêché de Glandèves (3 G 1). La première, le 3 août 1471, lors d’une procuration pour le titulaire de la chapelle de St-Vincent loci de Annoto. La deuxième, le 17 septembre 1513, lors de la collation de la chapelle de St-Claude fondée dans le territoire villae Annoti, proche le chemin qui conduit au Fugeret.


Synthèse

Notre-Dame de Vers-la-Ville semble bien être d’origine carolingienne et l’église mère du territoire de Sigomanna. Les appellations manse, villare, dominicata, villa, renvoient aux mêmes vocables employés par le polyptique de Wadalde de 814. Saint-Pons pourrait être à l’origine une chapelle domaniale fondée par un laïc à la même période.


(1) Le fait que l’église soit dédiée à saint Pons pourrait faire penser qu’elle appartenait déjà à l’abbaye de Saint-Pons de Nice à l’époque carolingienne.

(2) Sur la chapelle Notre-Dame de Vers-la-Ville : Féraud, p. 290-294. Abbayes et Prieurés, II, p. 173. Collier, p. 116. Carte Archéologique, n° 008, p. 77. Alpes Romanes, p. 47. Bailly, p. 45.

(3) Chartier de l’abbaye de Saint-Pons-hors-les-murs de Nice, XLVI, p. 57.

(4) Idem, p. 269.

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