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Faisait partie du diocèse de Senez et de la viguerie de Digne. Aujourd’hui chef-lieu de canton. Le village est établi dans la vallée de l’Asse entre Digne et Castellane, à l'ouest de Senez. Il se trouve au croisement de deux voies, l’une antique, dite Ventiana, en provenance de Castellane, l’autre arrivant de Nice par Saint-André-les-Alpes. Actuellement, subsistent comme édifices religieux : l’église paroissiale, les chapelles Saint-Jean et Notre-Dame à Barrême, à Gévaudan l’église Sainte-Anne. En 1703, Mgr Soanen, recense la chapelle Saint-Jean, la chapelle Notre-Dame du pont, la chapelle de St Pons, la chapelle St Blaise, la chapelle St Michel d’Orjas dans le fond du sieur Michel notaire et la chapelle Ste Croix près de la bastide du sieur Pillefort (ADAHP 2 G 17). Les visites pastorales de la fin du XIXe siècle ne recensent plus que les chapelles rurales de Notre-Dame et de Saint-Jean (1).

36. La chapelle Saint-Jean sur la colline, ancienne paroissiale et lieu de pèlerinage

Achard et Féraud rapportent que l’ancien village de Barrême, bâti sur la colline dominant le village actuel, fut détruit par le feu en l’année 1040. Ce fait est transcrit dans la Vita sancti Isarni, abbé de Saint-Victor de 1020 à 1047. Se rendant à Castellane, il s’arrête à Barrême et demande l’hospitalité aux habitants. Ceux-ci la lui refusent. Seule, une pauvre veuve lui apporte des œufs et un peu de pain dans une grange abandonnée. Quelques jours plus tard, le feu du ciel détruisait le village. L’église et la maison de la veuve furent épargnées par l’incendie. Qu’en est-il de cette histoire où un saint moine déchaîne le feu du ciel contre un village inhospitalier ? Les données suivantes vont nous faire découvrir que cette église était encore paroissiale au cours du XVIe siècle et que ce n’est seulement qu’à cette époque que la paroisse fut transférée dans une chapelle du village.

Mgr Soanen, lors de sa visite pastorale de 1703, remarque la chapelle de St Jean Baptiste sur la coline que nous avons visitée, et nous y avons vu les marques et les ruines de l’ancienne église paroissale détruite depuis plus de cent quarante ans, et aujoud’huy en la resserant de beaucoup on l’a rétablie passablement. Il remarque également que nous avons trouvé par une sentence de Mr Clausse du 23 décembre 1564 que depuis certains tems l’ancienne eglise paroissiale qui avoit été bâtie sur le haut de la colline, sous l’invocation de St Jean Baptiste, étoit alors détruite, que le service en avoit été transféré dans le bourg en la chapelle de St Antoine dont led. Evêque ordonna l’augmentation voulant qu’elle fut appellée désormais uniquement l’Eglise de St Jean Baptiste, ce qui a été confirmé par Mr Martin en 1602, et par Mr du Chaine en 1633.

Achard rapporte que les nouveaux curés allaient prendre possession de la cure à la chapelle Saint-Jean (I, p. 307). L’abbé Féraud rappelle que la fête patronale attire beaucoup d’étrangers. Elle se célébrait autrefois avec une sorte de magnificence, le jour même 24 juin. Et de décrire la grande procession qui montait à la chapelle, portant le buste du Saint sous un dais brillant. Au retour, avaient lieu les jeux publics (p. 96).

Enfin, l’enquête sur les lieux de culte de 1899 est encore plus précise : la chapelle de S. Jean, sans décret d’autorisation, ancienne paroissiale, saccagée en 1530 par l’armée de Charles Quint, puis restaurée elle sert depuis de lieu de pèlerinage aux habitants de Barrême qui lui sont très attachés. Messe dite par le curé au lendemain des quatre principales fêtes de l’année ; puis avec assistance des curés voisins aux deux fêtes de S. Jean, la Nativité et la décollation.

37. Notre-Dame du Pont, de Consolation, de Compassion ou de la Miséricorde

C’est sous ces quatre vocables qu’est citée une chapelle située au bas du village, au croisement de la N 85 et de la N 202. Le premier à en parler est Mgr Soanen en 1703 : la chapelle Notre Dame du pont qui même avant la surdotation du sieur Benoit en 1593 subsistoit longtemps auparavant avec quelques petites fondations, nous a paru en assez bon état. Achard la classe parmi les chapellenies qui sont établies sous patronage laïc : Notre Dame de Consolation à la nomination de M. de Villeneuve-Flayosc. Elle apparaît encore en 1899 lors de l’enquête sur les lieux de culte : Notre Dame de la Compassion, déjà construite en 1605 à la suite d’une peste désastreuse, a plusieurs fois servi d’église paroissiale ; sert pour l’une des Rogations et à une procession pour le 15 août ; le curé y dit la messe et aussi quand il est requis pour le service des malades du quartier. Aujourd’hui, elle est sous le vocable de Notre Dame de la Miséricorde.


Les trois derniers vocables évoquent une chapelle de protection sous la titulature de la Vierge Marie. Elle semble bien avoir comme origine la défense contre un fléau, semble-t-il la peste. Elle a donc pu être élevée ou du moins avoir reçu sa titulature après les épisodes de la peste du XIVe siècle. D’après Soanen, elle subsistait longtemps auparavant avant 1593. Son plus ancien vocable, Notre-Dame du Pont, évoque également la protection d’un passage, le pont. Située au carrefour de deux routes importantes, au passage d’une rivière, elle est postée comme un relais qui surveille et protège les passants. C’est par la route que viennent les pillards, les bandes armées et les épidémies. Le passage étroit du pont devait faciliter l’observation et accentuer la vigilance. Cette chapelle, idéalement placée sur la voie antique, est peut-être installée sur une ancienne mansio romaine.

38. La chapelle Saint-Blaise

Peu de références pour cette chapelle disparue, une de Mgr Soanen en 1703 et une autre avec la carte de Cassini (n° 153) qui indique un édifice religieux St Blaise sur la petite colline située immédiatement au sud du village de Barrême. Elle domine de 30 mètres les rives de l’Asse. La carte IGN signale l’altitude de 755 m. Il pourrait s’agir cependant de l’échange à faire d’une petite colline, dite de Saint-Pons, au terroir de Barrême, appartenant à la collégiale de ce lieu. La transaction est faite en 1237 (2).

39. Chapelle Notre-Dame du Mont Carmel à Gévaudan.

Outre l’église paroissiale dédiée à sainte Anne, une seule citation du 26 novembre 1857 révèle une chapelle rurale à Gévaudan : il y a une chapelle rurale en très mauvais état dédiée à ND du Mont Carmel où on n’y célèbre pas la messe. Huit ans plus tard, en 1865, il n’existe plus de chapelle rurale, Notre-Dame semblant avoir complètement disparu (3). On peut peut-être reconnaître dans cette chapelle la première paroisse.

Synthèse

Le déplacement de l’église du castrum vers un site non protégé est bien attesté par les textes et Mgr Soanen est ici encore bien précieux. La chapelle Notre-Dame du Pont, près des chemins et d’un pont, en milieu ouvert, pourrait se révéler la première paroisse avant l’enchâtellement et l’église Saint-Jean sur la colline.

 


(1) Visites pastorales de l’évêque de Digne en 1857, 1865 et 1872 (ADAHP 2 V 86).

(2) Gallia Christiana, Senez, p. 212. Annales des Basses-Alpes, 1881, T. 3, page 122, note 2 : La chapelle de Saint-Pons détruite une première fois par les Sarrasins ou autres barbares fut rebâtie l’an 1518 et disparut enfin au XIIIe siècle.

(3) Visites pastorales de 1857 et 1865, ADAHP, 2 V 86.

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Faisait partie du diocèse de Gap et de la viguerie de Digne. Aujourd’hui dans le canton de Digne Ouest. La commune s’étire tout au long de la rive droite du torrent des Duyes à une altitude moyenne de 600 mètres et sur 2080 hectares. La vallée, fertile, a été investie par plusieurs lieux de culte avec un habitat dispersé et disséminé tout le long de la vallée. Au début du XIIIe siècle, il existait deux communautés, Barras et Tournefort dont la dernière va connaître un sort funeste. C’est indirectement que Barras apparaît au XIe siècle joint à Thoard. Le torrent des Duyes qui descend rejoindre la Bléone porte alors le nom de valle Toarci. En 1070, un certain Féraud accompagné de son épouse et de ses cinq filles fait don à Saint-Victor du territoire nommé Balcosa, aujourd’hui Beaucouse. Il le fait pour les églises Sainte-Marie, Saint-Domnin et Saint-Jean qu’il possède avec les dîmes et tous les biens en dépendant et avec tous les hommes qui les travaillent ainsi que ceux qui habitent in villa sancti Domnini. Suivent les confronts du territoire, rivi Valnaves (ravin de Vaunavès), rivi de Seistairadas (ravin de Seyteirac), Caput Guigonis ( ?) et ad fontem Rainardi (Reignard). Tous ces lieux-dits figurent sur les cartes modernes à part le dernier que l’on reconnaît sur Cassini à l’est de Barras, rive gauche (CSV II, n° 740, p. 88-89, Carta de Toard). Le territoire s’étend donc sur les communes actuelles de Barras, Thoard et Champtercier. Si Saint-Domnin est facilement identifiable, il n’en est pas de même pour les églises Sainte-Marie et Saint-Jean que nous ne savons où situer.

31. L’église Notre-Dame du castrum de Tournefort

Durant la période post-carolingienne il est probable qu’un habitat se soit perché au lieu-dit la Garde, ayant donné lieu, lors du retour au calme, à un habitat situé à mi-pente, à Tournefort. Ce dernier n’a pu résister aux fléaux des disettes, des guerres et de la peste du XIVe siècle. En 1393, le castrum est tenu par une bande armée et le baillage de Sisteron y met le siège en même temps que celui de Briançon (voir Authon). Ruinés et dépeuplés, les terroirs de Tournefort et de Barras sont déclarés inhabités en 1400.  Lors de la visite de l’évêque de Gap en 1602, l’église Notre-Dame est déclarée toute découverte (ADHA, G 780). Par la suite, elle et l’ancien castrum tombent dans l’oubli.

32. Le prieuré Victorin de Saint-Domnin

Saint-Domnin est le siège d’une villa comme indiqué en 1070. Il est ensuite cité en 1079 comme cella sancti Domnini in valle Toarci, appartenant à Saint-Victor. Le prieuré est encore cité en 1113 et 1135, mais n’apparaît plus en 1337 dans le cartulaire de Saint-Victor (1). Il est mentionné ensuite en 1350 dans les Pouillés du diocèse de Gap avec à sa tête un prieur, prior Sancti Domnini de Barassio. Il est probable que le prieuré soit revenu dans les mains de l’évêché de Gap. La dernière mention est du 23 mai 1713 où la chapelle Saint Donin est possédée par M. Louis de Laugier (ADHA, G 787). Ce prieuré, existant déjà en 1070, pourrait remonter à la période carolingienne, le vocable villa paraissant l’indiquer. Les cartes modernes situent un quartier St-Domnin au nord de Barras au bord du torrent des Duyes.

33. Le prieuré de Ganagobie Saint-Pierre de Bonnafosse sur un site antique

Un autre prieuré oublié est celui de Saint-Pierre qui dépendait de Ganagobie, sous le titre de Saint-Pierre de Bonnafossa. Il devait se trouver dans les quartiers actuels dits St-Pierre et le Chapelier, où J.Fr. Devos a observé une construction en galets liés au mortier (5 x 5 m environ), en cours d’érosion (chapelle ?). A proximité affleuraient des ossements humains, tandis que sur un rayon de  50 m étaient visibles des tegulae et imbrices et de la céramique de l’Antiquité tardive et de l’époque médiévale : céramique commune engobé (CAG, n° 031, p. 96). Ce prieuré n'est pas cité par les Pouillés du XIVe siècle, ni par les visites épiscopales de l’évêque de Gap à partir du début du XVIIe siècle. Faut-il en déduire qu’il était déjà à l’abandon ? Existant déjà au XIe siècle, les ruines de la chapelle, sur un site antique et une occupation au haut Moyen Age, laissent entendre une longue occupation durant le premier millénaire.

34. L’ancienne église paroissiale Saint-Pierre.

Une autre église Saint-Pierre est située 900 mètres au sud de Barras. De facture romane selon certains auteurs, elle est entourée du cimetière. Il s’agit de la paroisse issue du regroupement du XIIe siècle, citée par les Pouillés du XIVe siècle. Elle était desservie par un prieur de Chardavon (2). La carte de Cassini la signale comme paroisse. Elle va être abandonnée comme paroissiale, sans doute au XVIIe siècle au profit d’une église dédiée à saint Nicolas élevée près du village. Le cimetière, seul, continuera sa fonction. Aujourd’hui, complètement recrépi, il n’est plus possible de remarquer l’appareil des murs. Le chevet plat, orienté vers le nord, présente un doute sur son origine romane.

35. La chapelle Saint-Valentin sur un site antique et la fête patronale

C’est la seule chapelle qui faisait l’objet d’un pèlerinage encore en 1835 : le 14 février, saint Valentin, fête patronale de la paroisse, on fait une procession d’après l’usage à une chapelle dédiée à ce saint et située près de Mirabeau. En 1899, on en parle au passé avec nostalgie : pèlerinage à la chapelle S. Valentin, à 5 kilomètres,  de temps immémorial et sans décret d’autorisation. Autrefois, procession et messe le 14 février jour de S. Valentin ; abandonnée depuis trois ans à cause de son délabrement. Pourra-t-on jamais y reprendre les anciennes coutumes ? Elle était située au sud de la commune, à 300 mètres au NE du village de Mirabeau. Dans ses murs ruinés et aux abords ont été observées des tuiles romaines (CAG, n° 031, p. 96). 

La première citation remonte au 20 avril 1687 où, lors de la visite pastorale, l’évêque cite la chapelle de Saint-Valentin où les habitants de Beaudun viennent entendre la messe (ADHA, G 786). Lors de la visite du 19 août 1857, il y a la chapelle dédiée à Saint Valentin sur les confins de la paroisse, du côté de Mirabeau, qui laisse à désirer sur bien des rapports (2 V 87). Puis, c’est la dernière citation, de 1899, donnée plus haut : abandonnée depuis trois ans à cause de son délabrement.

Synthèse

On peut reconnaître trois églises pré castrales : Saint-Domnin, Saint-Pierre de Bonnafosse et Saint-Valentin. Saint-Domnin est cité comme église déjà existante en 1070 aux mains de laïcs qui en font don à Saint-Victor, les deux autres sont sur des sites antiques. Saint-Pierre était accompagné d’un cimetière et Saint-Valentin fait l’objet d’un pèlerinage annuel.


(1) CSV n° 843, p. 218 ; n° 848, p. 237 ; n° 844, p. 226 ; n° 1131.

(2) Féraud, Souvenirs religieux, p. 86.

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Faisait partie du diocèse de Digne et de la viguerie de Seyne. Aujourd’hui dans le canton de Seyne. Situé en Haute-Bléone, dans un terroir montagneux s’étendant sur presque 6000 hectares, la commune révèle de nombreux anciens lieux de culte. L’habitat dispersé prédomine, Féraud recensant au XIXe siècle 9 hameaux et 20 maisons de campagne. Le constat est le même lors de l’affouagement de 1778 : le nombre des maisons habitées (au village) est de 5. Il y a 10 hameaux composés en tout de 53 maisons habitées, de 14 inhabitées et de 15 cazeaux. Le nombre des bastides habitées est de 16, les administrateurs nous ayant observé que les éboulements de 1746 et 1755 entraînèrent la chute de 20 autres bastides aux quartiers de Blaude et des Eissards (1).

L’occupation du territoire est attestée dès 814 avec deux colonicae in Cenas (Chine) et une colonica in Tuda (la Toue), dépendantes de la villa Caladius et mentionnées par le polyptique de Vadalde (CSV II, H 54-55 et H 65). Les Pouillés du diocèse de Gap fournissent ensuite une liste importante d’églises :
En 1351,
prebenda de Barulis : 11 livres
cappellanus de sancti Petri de Barulis : 15 livres
cappellanus de sancte Marie de Barulis : 12 livres
rector de sancti Clementi de Barulis : 40 sols
rector de sancti Andree de Barulis : 60 sous
hospitalis de clusa de Barulis : 16 livres

En 1376,
cappellanus de sancti Petri de Barolis
cappellanus de sancti Marie de Barolis
prior de beate Marie de Barolis


La liste fournie par les Pouillés de 1351 révèle 4 lieux de culte et un hôpital. La visite de François Le Tellier du 16 mai 1683 est très explicite sur Saint-Pierre et Notre-Dame : l’église paroissiale est sous le titre de saint Pierre. Et désirant de monter à l’ancienne paroisse sous le titre Nostre Dame pour y continuer nostre visite, il nous a esté dit par les curés, consuls et plus aparents dudit lieu que le service de lad église avoit esté entièrement uni et transféré à l’église de la paroisse de saint Pierre de l’autorité des seigneurs évesques nos prédécesseurs et du consentement universel de tous les habitans pour estre icelle beaucoup plus comode à tous le peuple, eu égard à l’esloignement qu’il y a du village à lad’ paroisse nostre dame, à laquelle le peuple va en procession tous les ans les festes de la Vierge, que on y célèbre la messe et qu’à présent les sacremens sont administrés par l’un et l’autre desdits curés à la paroisse de st Pierre. Puis l’évêque cite deux prieurés ruraux.

28. Les deux paroisses Notre-Dame et Saint-Pierre

Lors d’une première visite en 1667, il est dit que l’église paroissiale est dédiée à saint Pierre, mais que l’église paroissiale nostre dame avoir esté desmolie despuis un fort long temps ny ayan que le presbitaire (chœur) qui soit en estat, le curé de nostre dame avoir esté obligé de faire ses fonctions curiales dans l’église saint Pierre.

L’église Saint-Pierre n’est pas celle qui est élevée aujourd’hui dans le village de Barles, seulement construite en 1853 sur l’emplacement d’une chapelle dédiée à saint Roch. C’est celle qui se trouve dans le cimetière, un peu à l’écart du village et qui présente un appareil roman. Mais où se trouve l’ancienne église Notre-Dame ? Sans doute au château, c’est ce qu’indiquent la carte de Cassini et l’évêque qui veut monter à l’ancienne paroisse. Les deux textes laissent clairement entendre également qu’il s’agirait de deux paroisses, possédant chacune un curé, mais que les offices se font dans l’église Saint-Pierre. Ces deux paroisses sont déjà citées par les Pouillés en 1351 et 1376 : cappellanus de sancte Marie de Barulis et cappellanus de sancti Petri de Barulis.

On peut envisager l’évolution suivante : une première église dédiée à saint Pierre est élevée en milieu ouvert avec son cimetière. Lors de l’enchâtellement, la communauté monte sur un site perché avec création d’un château, d’une église dédiée à Notre Dame et du village fortifié. La première église, contrairement à l’habitude, n’est pas abandonnée mais continue sa fonction paroissiale avec un chapelain. Après les guerres de Religion, l’église  du castrum est desmolie et celui-ci s’est vidé de sa population. Pour ne pas oublier l’église Notre-Dame, les paroissiens montent vers elle en procession tous les ans.

29. Le prieuré Saint-André et son cimetière

C’est le premier prieuré rural cité par l’évêque : une chapelle sous le titre de saint André à présan possédé par messire Joseph fermier bénéficiaire de nostre église cathédrale ou il y a une chapelle entièrement ruinée à l’entour de laquelle il y a un cimetière profané et où tous les ans le jour de la pentecoste on y va en procession, le revenu duquel consiste en deux charges blé, une panal lentille.

Cette chapelle est celle qui est signalée en 1351 avec le rector de sancti Andree de Barulis. Là aussi, quoique la chapelle soit entièrement ruinée et le cimetière profané, les habitants s’y rendent en procession le jour de la Pentecôte. Le cadastre napoléonien de 1825 cite un quartier Saint-André dans la section E du Forest. Les cartes IGN modernes livrent près du Forest le lieu-dit Le Prieuré, à 600 mètres au SSO du village de Barles, sur la rive droite du Bès. C’est là qu’il faut placer le prieuré de Saint-André.

30. Le prieuré Saint-Clément

Le deuxième prieuré rural est sous le titre de saint Clément. Il est signalé en 1351 et décrit par l’évêque en 1683 comme possédé par messire François Geofroi de la Tour Carrée en Dauphiné qui est abattu, le revenu duquel consiste en deux charges de blé, ne faisant aucun service. Il subsiste aujourd’hui sous forme d’un hameau appelé St Clément avec une croix. La carte de Cassini y place une église. Celle-ci a été restaurée en 1972.

L’église Notre-Dame et les deux prieurés ne sont plus signalés par la suite que ce soit par Achard, Féraud, le coutumier de la paroisse et les visites pastorales de la fin du XIXe siècle.

Synthèse

On peut reconnaître deux églises pré castrales. C’est d’abord l’église Saint-Pierre qui précède celle de Notre-Dame près du château et qui va redevenir paroisse lors de sa destruction. C’est ensuite l’église du prieuré Saint-André avec son cimetière et la procession annuelle.


(1) Affouagement de 1778, ADAHP, C 25.

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Faisait partie du diocèse d’Apt et de la viguerie de Forcalquier. Aujourd’hui chef-lieu de canton. Territoire de 3981 hectares, situé au pied du plateau d’Albion, composé  de plaines et de vallées. Il a attiré les colons romains dont on retrouve de nombreuses traces (CAG n° 018, p. 82-93. Quelques-uns des anciens lieux de culte sont implantés sur des sites antiques.

La paroisse de Banon comptait plusieurs lieux de culte correspondant à des quartiers éloignés de la paroisse. Il y eut même jusqu’à la fin du XIXe siècle, deux paroisses distinctes avec chacune un curé desservant, les paroisses de Banon et du Largue. D’anciens lieux de culte disparus aujourd’hui, des petites chapelles rurales maintenant délaissées, voyaient chaque année une procession festive les réanimer. Chapelles encore en état aujourd’hui : Notre-Dame des Anges, chapelle Notre-Dame du Bon Secours de Dauban, Chapelle Saint-Marc du Largue. Chapelles disparues : Saint-Hilaire, Saint-Martin de Font-Crémat, Saint-Just et Saint-Didier.

23. Notre Dame des Anges, lieu de pèlerinage

La chapelle est située dans la plaine de Banon, sur une petite élévation, à 2200 mètres au NE du village, près de la D 950. Dite également Sainte-Marie du Largue elle relevait de la prévôté de Cruis. L’enquête sur les lieux de culte de 1899 nous révèle qu’il y a un pèlerinage à N.D. des Anges, à 4 kil. de la paroisse qui s’y rend en procession le dimanche de la Trinité et dans l’octave de l’Assomption. Des personnes pieuses y font quelquefois dire la messe à l’usage à peu près exclusif de Banon. Le coutumier de la paroisse rédigé en 1835 est plus explicite : on se rendait en procession à Notre Dame le premier jour des Rogations, le jour de la fête de Sainte Trinité et le 15 août. Si la chapelle actuelle présente des éléments du XIIIe siècle, il est probable que sa fondation soit plus ancienne, car implantée sur un site antique. En effet, dans son environnement immédiat ont été observées de nombreux fragments de tuiles romaines (2).

24. L’ancienne église paroissiale Saint-Just sur un site antique

Situées dans la plaine de Banon, au lieu-dit Saint-Just, les ruines de l’église ont complètement disparues au début du XXe siècle. Abandonnée depuis la création du village fortifié, elle ne donnait pas lieu à un pèlerinage, mais les nouveaux prieurs aux XVIe et XVIIe siècles venaient prendre possession de leur prieuré sous le titre de saint Just. Entourée d’un cimetière et de tombes antiques (tombes sous tuiles et lauzes), située sur le passage d’une voie romaine, en milieu ouvert, il s’agit de l’église paroissiale qui a précédée celle du castrum. Saint Just est associé à Notre-Dame des Anges comme titulaire de l’église paroissiale.

25. La chapelle Saint-Hilaire et les tombes sous lauzes

Aujourd’hui, complètement disparue, il ne subsiste que le toponyme St-Hilaire. Il est probable qu’elle était une possession de l’abbaye de Sénanque, signalée en février 1277. La CAG signale des tombes sous lauzes aux abords.

26. La chapelle Saint-Martin de Font-Crémat et sa nécropole

Au nord-est de la commune, il subsiste le toponyme Saint-Martin où Guy Barruol estime que à 500 m au nord de Fouent-Crémat, sont signalés une ancienne église disparue, peut-être citée en 950 dans le cartulaire de Montmajour, et les vestiges d’une nécropole. De cette dernière pourrait provenir la double inscription chrétienne attribuée à Banon qui se trouve au musée de Digne (CAG).

27. Chapelle Saint-Didier

Un lieu-dit St-Disdier rappelle l’existence d’une chapelle dédiée à ce saint. André Lombard révèle une mise en possession du 22 février 1612 sur la ruine sive place de la dite chapelle appelée St Desdier. On ne connaît rien de plus sur son origine et son aspect.

Synthèse

Il apparaît que la majorité des lieux de culte sont établis sur des sites antiques, assurant une fixation et une pérennité de l’occupation humaine en des endroits privilégiés. Le monde des morts de l’Antiquité appelle celui des générations suivantes. Le castrum, élevé lors de l’enchâtellement, et le nouveau lieu de culte, ont cassé cette continuité.


(1) Les textes complets de chaque journée figurent dans l’étude d’André Lombard, Banon. Souvenirs religieux. Un héritage, A.P.R.H.P., Digne, 2005, p. 101-103. Les données concernant les autres chapelles sont empruntées à cet auteur. Le coutumier de Banon, rédigé en 1835, comprend 50 pages et est de loin le plus développé de toutes les paroisses du diocèse. Voir également PR, n° 25, 2000, p. 9-14.

(2)  Description de la chapelle. Collier, p. 121. Provence Romane 2, p. 223.

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Faisait partie du diocèse de Digne et de la viguerie de Seyne. Aujourd’hui dans le canton de Seyne. Situé en Haute-Bléone, dans un territoire montagneux, le village est installé sur un affluent du Bès à 1200 mètres d’altitude. Saint Victor en 814 possède deux bergeries bien peuplées, une quarantaine de personnes, in Alisino (CSV II, H 64 et 73). Nous ne possédons pas de textes au cours des XIe et XIIe siècles sinon la mention d’un cappellanus de Auseto en 1351. Il est probable qu’il existe un seigneur et que l’évêque de Digne perçoit la dîme. C’est ce que nous apprenons beaucoup plus tard, en 1698, la disme du Seigneur Evesque de Digne et un seigneur qui a la justice en directe (1). Le pouillé de 1351 cite un cappelanus de Ausito. L’église d’Auzet n’est donc pas desservie par un monastère. Il n’est cité qu’une église, sans connaître son emplacement et sa titulature. Lors de la visite pastorale du 9 novembre 1874, le visiteur reconnaît qu’il y a  trois chapelles rurales à interdire. En 1884, il n’en existe plus que deux, une interdite et une en ruine (2 V 86, 93) . Pour l’instant, une seule d’entre elles a pu être retrouvée.

22. Le cimetière et l’église Saint-André

Un minime renseignement nous est donné par Achard en 1788 : on nous a dit qu’il y avoit anciennement une Maison des Templiers dans ce Village. On prétend qu’elle était située auprès d’un ancien cimetière où l’on va chaque année au jour de l’Ascension, faire l’Absoute, cérémonie qu’on n’ose abolir à cause du peuple. Si la présence des Templiers est sujette à caution, comme bien d’autres signalées un peu partout par Achard et Féraud, elle indique cependant la présence d’un ordre religieux, sans pouvoir dire lequel. Mais l’évocation d’un ancien cimetière où l’on se rend tous les ans le jour de l’Ascension en pèlerinage, pratique qu’on n’ose abolir à cause du peuple, est significative. On retrouve la même situation qu’à Archail avec un lieu de culte ici disparu, seulement concrétisé par le cimetière. Les paroissiens se souviennent que c’est là que sont enterrés leurs ancêtres et que ce lieu est à l’origine de leur communauté. La procession n’est pas signalée par Féraud ni par le coutumier de 1835. La carte de Cassini ne signale également aucun édifice religieux en dehors de l’église paroissiale.

La paroisse a comme titulaire saint André et comme patron saint Barthélemy. Deux lieux-dits signalés par le cadastre de 1825 portent le nom de Saint Andrieu. La carte IGN moderne nous fait découvrir le Ravin de St-André qui se jette 1500 mètres au SSO du village dans La Grave. C’est là qu’est signalé également le Vieux Moulin figuré aussi par la carte de Cassini qui est dit moulin de l’église en 1252 (Enquêtes, n° 477). Il est probable que c’était là que se trouvaient l’ancien cimetière et le premier lieu de culte de la communauté sous le titre de Saint-André, transféré ensuite à la nouvelle église. En août 2006 un dégagement a été entrepris par la DRAC sur les ruines supposées d’une ancienne chapelle signalée par les habitants. Le tracé d’une abside arasée  a été mis au jour.

Synthèse

Après une présence des moines de Saint-Victor attestée en 814, il apparaît qu’un lieu de culte avec son cimetière ait été édifié avant la création du castrum. Ici encore la procession et la cérémonie de l’absoute qui s’y déroulent tous les ans, témoignent de la reconnaissance des habitants vers l’origine de leur communauté.

 


(1) Affouagement de 1698 (ADAHP C 18)

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