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communes

Faisait partie du diocèse de Senez et de la viguerie du Val de Barrême, aujourd’hui dans le canton de Barrême. Cette commune très vaste, 5368 hectares, est située au nord de Barrême dans un paysage montagneux, irriguée cependant par l’Asse de Clumanc (altitude moyenne de la vallée, 850 m). Elle est vitalisée par un habitat très dispersé, en petits hameaux et fermes isolées, ce qui a entraîné une multiplicité des lieux de culte. Déjà à la fin du Moyen Age, sont signalées trois communautés et donc trois centres paroissiaux : Notre-Dame, Saint-Honorat et Labaut. Les deux dernières seront réunies à Notre-Dame à la fin du XVe siècle, suite à la dépopulation provoquée par les guerres et la peste. En 1315, les trois communautés totalisaient 800 habitants, en 1471 elles n’en comptaient plus que 220, soit une perte de plus de 70%. Malgré ce regroupement, les paroisses de Notre-Dame et de Saint-Honorat vont continuer de perdurer jusqu’à nos jours.


CLUMANC SAINT-HONORAT

La première citation concerne l’église Saint-Honorat au milieu du XIe siècle. C’est une église, sous le titre du fondateur de l’abbaye de Lérins, située in valle Clumanci, qui est donnée par des laïcs à l’abbaye de Lérins ainsi que plusieurs terres. Cette église existe déjà et il est probable, vu sa titulature, qu’elle appartenait déjà à Lérins durant le haut Moyen Age. C’est encore un cas parmi beaucoup d’autres où nous voyons des laïcs restituer des biens d’église qu’ils ont accaparés lors des troubles du Xe siècle. L’église est confirmée par le pape Alexandre IV en 1259 (CL 2, IV, p. 6), in diocesi Senensi, ecclesia Sancti Honorati de Clumanco. Elle est citée par les Pouillés en 1300 et 1376, ecclesia de Sancto Honorato (p. 289 et 292). Enfin, le castrum Sancti Honorati est mentionné en 1237 (Enquêtes n° 277, p. 364). Le prieuré restera dans les mains de Lérins jusqu’à la Révolution (2).

CLUMANC NOTRE-DAME

L’église est citée par les Pouillés en même temps que celle de Saint-Honorat sous l’appellation d’ecclesia de Clumanco (1300 et 1376) établie dans le castrum de Clumanco  nommé en 1237. Atlas (p. 171) et Collier (p. 113) la reconnaissent comme un prieuré de Saint-Victor tandis qu’Alpes Romanes (p. 50) en fait une dépendance de l’évêché de Digne. C’est près d’elle que va être édifié le château dont il reste de nombreux éléments ainsi qu’un donjon carré du XIIIe siècle. L’église appartient selon Alpes Romanes à l’art roman tardif. Seuls, deux piliers sculptés en réemploi à l’intérieur de l’édifice indiquent une période plus ancienne. Certains auteurs y reconnaissent des éléments carolingiens tandis que d’autres les datent plutôt du Xe siècle (3). Il est probable que ces piliers ont été empruntés sur place, ce qui fait supposer un monument antérieur et donc une église pouvant dater du haut Moyen Age.

La tour de Clumanc a provoqué des interprétations diverses. C’est d’abord Mgr Soanen en 1697 qui raconte : nous avons aussi visité une tour très ancienne qui est aujourd’hui une bastide entre les deux Clumanes et nous y avons observé des preuves certaines qu’il y avoit eu là une église de monastère par les arcades et les fenestres à l’antique, et on nous a dit suivant la tradition du pays, que pendant qu’il y avoit des Religieux dans le cloitre de St Honoré, il y avoit là des Religieuses du même ordre de St Benoît. Achard lui emboîte le pas : à quelque mille pas de l’eglise de N.D. est une bastide, nommée la Tour. Ses murailles et la disposition  des appartements font soupçonner que c’étoit un monastère, ce qui s’accorde assez avec la tradition qui porte que c’étoit un couvent de Filles de l’Annonciade, détruit lors des guerres de la Religion (4). R. Collier est beaucoup plus nuancé (p. 354) : s’il date l’édifice de la fin du XIIe ou du début du XIIIe siècle, il récuse à la fois la fonction militaire et la fonction religieuse. Il y voit plutôt un rare spécimen de maison campagnarde, à demi-seigneuriale, du Moyen Age.

LE CASTRUM DE LABAUT

Il est cité en même temps que ceux de Saint-Honorat et de Clumanc, en 1237, castrum de Labaut. L’Atlas Historique y recense 24 feux en 1315, mais à la fin du XVe siècle, il est dépeuplé et réuni au castrum de Notre-Dame ou de Clumanc. L’ultime renseignement sur cet ancien castrum est fourni par Mgr Soanen en 1697 : pour reste d’antiquité nous avons vu au dessus des Sosseries Basses une bastide appelée Labaut appartenant autrefois aux Templiers et aujourd’hui aux Chevaliers de Malte qui dépend de la commanderie de Puimoisson et fait environ 300 livres de rente. La carte de Cassini (n° 153) situe entre les deux Sausseries un édifice religieux nommé St Benoit. Les cartes modernes n’y placent plus qu’un cimetière. Lors de la visite de l’évêque dans la paroisse de Tartonne en 1706, celui-ci cite une chapelle Saint-Pancrace dans le hameau des Sosseries Hautes à demie lieue de l’église (2 G 17).

122. L’église Sainte-Marie du Mont, prieuré de Saint-Victor

Le cartulaire de Saint-Victor en 1122, cite parmi les églises appartenant à l’abbaye et sises dans le diocèse de Senez, une ecclesia sancte Marie de Monte Romaldi (CSV 2, n° 972, p. 417). Guérard dans son Dictionnaire géographique (p. 898) situe cette église au Roubaud, commune de Clumanc, mais avec un point d’interrogation. La France Pontificale de Fisquet traduit par Sainte-Marie de Montromaud (I, p. 208), sans localisation. Abbayes et Prieurés (p. 61) reproduit Guérard,  à Clumanc  prieuré Notre-Dame du Mont, Mons Romaldi, au Roubauld. Ce prieuré n’apparaît pas dans les chartes antérieures du cartulaire. Il existe effectivement un Roubaud signalé par la carte de Cassini, au sud de Saint-Honorat et entre les Nobles et Raumas (Nobles, aujourd’hui les Nèbles). Actuellement, la carte est vide à cet endroit et Roubaud a disparu. Mais le doute subsiste sur la réelle localisation de cette église.

123. La chapelle Saint-Jean-Baptiste du Riou

Elle est déjà signalée lors de la visite de l’évêque de Senez le 20 mai 1697 : le recteur de la chapelle St Jean scituée au masage de Rioul, paroisse St Honoré, a abandonné lad chapelle, s’est absenté du diocèse et même de la province depuis plus de deux ans depuis lequel tems il n’a esté faict aucun service (5). Elle figure sur la carte de Cassini au Rioul. Elle réapparaît lors des visites du XIXe siècle à partir de 1857. En 1865 et 1870 elle est en mauvais état et même délabrée. Elle est aujourd’hui en bon état.

124. La chapelle Saint-Victor

Dédiée à saint Victor, elle est citée en 1857 comme étant au hameau de la Lauze, hameau qui ne figure ni sur Cassini ni sur les cartes modernes. En 1870, elle est à réparer intérieurement et extérieurement.

Synthèse

Notre-Dame de Clumanc avec ses deux piliers sculptés laisse apparaître la possibilité d’une fondation au haut Moyen Age.


(1)  CL, CCXXXII, p. 238-239, entre 1046 et 1066.

(2) Plusieurs pièces du XIe au XVIIIe sont référencées dans la série H des Archives Départementales des Alpes-Maritimes, H 919-931, p. 150-151. Le prieuré Saint-Georges de Sergan (Commune actuelle du Chaffaut-Saint-Jurson) fut uni à celui de Clumanc en 1407.

(3) Consulter Collier, p. 456-457. Alpes Romanes 2, p. 50. Carte Archéologique, n° 059, p. 141.

(4) Visite pastorale du 20 mai 1697, note 166. Achard, I, p. 464-465.

(5) ADAHP, 2 G 17, f° 21r°-22 v°.

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Faisait partie du diocèse de Gap et de la viguerie de Sisteron, aujourd’hui dans le canton de La Motte-du-Caire. La commune s’étend sur la rive gauche de la Durance à la hauteur de Monêtier-Allemond sur l’autre rive. Elle constituait avec cette commune l’antique station romaine d’Alabons. De nombreux témoins archéologiques, disparus aujourd’hui mais signalés par les auteurs du XVIIe et XVIIIe siècle, indiquent une forte présence romaine. Il est probable qu’une voie parallèle à la voie domitienne passait également sur la rive gauche, ce qui a incité les Hospitaliers à s’y installer courant XIIe siècle. Leur vocation d’aide aux voyageurs et aux pèlerins les obligeait à se tenir sur les grandes voies de passages.

 
119. Le quartier Notre-Dame

Le site du quartier Notre Dame placé au bord de la voie peut recouvrir, non seulement l’ancienne station d’Alabons de la rive gauche, mais également celui de la maison hospitalière. Il n’en subsiste que des fragments de tegulae et un oratoire. C’est peu, mais il est probable que le lieu a été vitalisé tout au long du premier millénaire, la voie continuant son rôle de circulation des biens et des personnes (1).

120. Saint-Jean des Auches

Un autre site mérite attention, celui de Saint-Jean des Auches. Il est situé dans les collines dominant la Durance, à un peu plus d’un kilomètre au nord-est du village. Ce n’est qu’à la Révolution que nous apprenons que le domaine de Saint-Jean des Auches appartient aux Hospitaliers de Gap (2). Il totalise plus de 7 hectares et sera adjugé à plusieurs acquéreurs. Des tombes et des ossements ont été signalés par les habitants près de la ferme actuelle. Le vocable Saint-Jean correspond bien aux Hospitaliers qui se sont mis sous sa protection. Un indice d’une chapelle sur le site de la ferme du domaine est apporté en 1893 et 1894, où il est signalé une chapelle domestique chez Mr Augier, on n’y dit jamais la messe (2 V 94). 

121. Notre-Dame de la Visitation aux Roches

Enfin, le dernier site est constitué par le hameau des Roches au nord du village, également aux abords de la voie. Sur la liste des castra donnés en viager à Béatrice de Savoie par Raymond Bérenger V en 1244 figure un castrum de Roais que les auteurs situent à l’emplacement d’une ferme isolée au lieu-dit Roast sur la commune de Clamensane. Nous pensons, à la suite de Ruffi, qu’il s’agit du hameau des Roches (3). Le hameau est beaucoup plus important qu’un petit bâtiment n’ayant jamais abrité qu’une seule famille. Par contre le hameau des Roches forme un ensemble de maisons regroupées en un îlot dont les façades formaient le rempart du castrum. Cette organisation est encore très visible actuellement. D’autre part, il était desservi par une chapelle et un cimetière. La chapelle, sous le titre de Notre-Dame de la Visitation, a été érigée en 1673 selon l’inscription gravée sur une pierre incorporée dans l’un des murs extérieurs. L’édifice, de 30 m², est parfaitement orienté, ce qui est inhabituel pour le XVIIe siècle. Les murs peu épais n’ont pu supporter la voûte du choeur et de la nef, ce qui a obligé d’installer très tôt deux tirants en poutre de chêne. Il est probable que la chapelle a été reconstruite sur un édifice antérieur, simplement charpenté et non voûté, ce qui nous dirige vers les constructions du Xe-XIe siècle. De plus, un grand nombre de tegulae est encore visible près du moulin et du four à pain. La chapelle est encore en état, le cimetière a été transformé en parking en 1947.

La chapelle est citée succinctement lors des visites pastorales du XIXe siècle, sauf en 1899 lors de l’enquête sur les lieux de culte : chapelle de la Visitation de la Ste Vierge, datant de 1694 au hameau des Roches, à 5 kil. de l’église paroissiale, sans décret d’autorisation. A côté cimetière datant de 1768 où sont inhumés les défunts du hameau. Le curé y dit la messe de temps en temps, jamais le dimanche ; il y fait le catéchisme pour les enfants du voisinage à l’école attenante ; il y fait les relevailles, y administre les sacrements de pénitence et d’Eucharistie. Chaque année, le 2 juillet, procession solennelle des pénitents de toute la paroisse.


Synthèse

Deux sites invitent à la réflexion, celui de Notre-Dame et celui des Roches. Tous deux sont en milieu ouvert, établis sur des structures antiques, avec une titulature à Notre-Dame.


(1) Au Moyen Age, cette voie est qualifiée de voie royale, iter regium quo iter Sistaricensium (chemin royal qui va à Sisteron) et de via publica.

(2) ADAHP 1 Q 40. Vente du 2 mai 1792 des biens pour 13 500 livres.

(3) RUFFI Antoine de, Histoire des comtes de Provence, Aix, 1655 (Bastion 1999), p. 101 et 108.

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Faisait partie du diocèse de Gap et de la viguerie de Sisteron, aujourd’hui dans le canton de La Motte-du-Caire. La commune s’étend de chaque côté de la rivière Sasse jusqu’à l’entrée des gorges conduisant dans le bassin de Bayons. La vallée, relativement large aux abords du village, offre des terres arables. La rive gauche de la rivière présente une zone de collines également propices aux cultures et à l’élevage. La rive droite offre une pente plus abrupte où s’étagent des petits plateaux favorables également à la colonisation. Les deux zones sont investies par de petits hameaux et des fermes isolées. Aucune donnée n’est fournie antérieurement au castrum. Ce n’est qu’au XIIIe siècle que nous apprenons que les Hospitaliers et l’Ile Barbe ont investi le terroir.

116. Notre-Dame d’Alamond à La Clastre

Quand les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem fondent en 1149 leur première commanderie en remontant la Durance, ils choisissent d’abord Manosque, puis immédiatement après Claret, siège avec Le Monêtier-Allemont de l’ancienne station romaine d’Alabons (CAG,  p. 141, n° 058). La commanderie de Claret fonde, on ne sait à quelle date, un membre à Clamensane. Il est cité cependant en 1237 (1). On n’a plus de nouvelle de lui par la suite. Il est probable qu’à la suite de la peste, la commanderie de Claret ayant été rattachée à celle de Gap, le membre de Clamensane a été abandonné.


Le seul souvenir laissé par les Hospitaliers de Clamensane réside en un site dit la Clastre situé sur la rive droite du Ravin des Naisses, à l’endroit où il rejoint la Sasse. Le cadastre de 1734 cite une terre à la Clastre confrontant de tous côtés des clapiers et Notre Dame d’Alamond. Une autre terre confronte le chemin allant à Notre Dame (2). Il faut relever la correspondance entre Alabons et Alamond. Les Hospitaliers de Claret en fondant une église à Clamensane lui ont donné le nom du site qu’ils occupaient à Claret et dont il ne subsiste que le toponyme Notre Dame, concrétisé aujourd’hui par un oratoire élevée en l’honneur de la Vierge et par des fragments de tegulae. Les habitants de Clamensane n’avaient pas perdu le souvenir des Hospitaliers puisqu’ils ont élevé une croix sur le site même en 1883 portant sur le pilier l’inscription : EN MEM. / DES /  HOSPITAL. /  DE ST JN DE JER /  1883. L’abbé Colomb, dans sa notice de 1862, relate que les paroissiens s’y rendaient en procession et qu’on découvrait des ossements sortant de terre près des ruines de la chapelle (3). Aujourd’hui, tout a disparu, il ne reste que la croix et le toponyme La Clastre.

117. Notre-Dame d’Espinasse

C’est une possession de l’abbaye de l’Ile Barbe de Lyon. Une bulle de Lucius III du 11 mai 1183 confirme cette possession, ecclesiam de Clemensana et cappellam dicto castro (4). Elle est encore citée en même temps que les Hospitaliers au XIIIe siècle dans un acte de 1237 (RACP, p. 372-373). Les moines avaient fondé leur prieuré à l’emplacement du village actuel. Mais celui-ci n’existait pas à cette date, il était perché à La Roche, site le dominant, avec le château et une église dédiée à Saint-Martin. A partir du XVIe siècle, le village perché va être abandonné et les habitants vont progressivement descendre vers le site du prieuré beaucoup plus commode, proche de la rivière pour s’alimenter en eau. L’église du castrum se dégrade, surtout au cours des guerres de Religion, la chapelle du prieuré devient d’abord chapelle de secours, puis au XIXe siècle sera entièrement rebâtie pour devenir église paroissiale à part entière.

118. La chapelle Saint-Amand, lieu de pèlerinage sur un site antique

Elle est signalée en 1600 comme faisant l’objet d’une procession par les paroissiens (5). Achard la cite et elle figure sur Cassini. A la même époque, le 18 mai 1786, permission est donnée par l’abbé de La Villette, vicaire général, au curé de Clamensane de conduire processionnellement sa paroisse à la chapelle de St-Amant le lendemain de la Pentecôte, d’après l’usage et suivant un vœu (ADHA G 974). Féraud confirme la procession : on trouve sur une montagne, à deux heures du village, une chapelle dédiée à Amand, qui est fort ancienne et en grande vénération dans la contrée.

En effet la chapelle est située à près de 1300 mètres d’altitude à l’aplomb d’une falaise. Elle est implantée sur l’ancienne frontière séparant l’évêché d’Embrun de celui de Gap et également à l’époque romaine frontière séparant la Provincia des Alpae Maritimae. Avant Auguste et la création de la province des Alpae Maritimae, cette frontière séparait la Provincia du royaume de Cottius, vaste territoire du nom des Alpes cottiennes s’étendant sur les deux versants des Alpes et dont la capitale était Suse. Sous Auguste, le royaume de Cottius allié de Rome conserva son indépendance et fut déclaré province impériale sous Néron en l’an 36. On peut suivre cette ancienne frontière en remontant vers le nord et reconnaître deux autres points remarquables placés sur des sommets, appelés posterles, l’un au Caire, l’autre à Faucon-du-Caire (6). En descendant vers le sud, la frontière franchit la Sasse à la sortie des gorges de Bayons, exactement à la Tour de Bédouin où s’élèvent les restes d’une tour, puis en remontant sur Esparron-la-Bâtie passe encore à une pousterle, suit la crête des Gardes et celle de l’Oratoire pour aboutir au sommet de l’Oratoire (2072 m).

Ces posterles ou postes de surveillance pourraient être alors l’œuvre des Romains à un moment où les Alpes cotiennes n’étaient pas encore les alliées de Rome. Guy Barruol observe chez les Romains un nombre important de monuments-frontières, qui, dans la désignation des limites leur servaient de points de repères fixes et inamovibles, par exemple des tombeaux monumentaux (7). Le site de Saint-Amand pourrait se révéler être l’un d’entre eux, on y découvert des fragments de tegulae et des tombes. Le site aurait été repris ensuite lors de la christianisation pour sacraliser un monument païen, tombeau ou petit temple. L’attrait de la population vers ce haut lieu, dans les deux sens du terme, ferait ainsi suite à une tradition dont elle aurait perdu l’origine et le sens premier. Le pèlerinage avait été abandonné dès le début du XXe siècle. Il vient de reprendre après la restauration de la chapelle effectuée en 1999-2000.

Synthèse

Notre-Dame d’Alamond ne présente pas d’indices formels pouvant indiquer une fondation antérieure à celle des Hospitaliers, de même pour Notre-Dame d’Espinasse. Le site de Saint-Amand, par contre, se révèle exceptionnel par les possibilités qu’il soulève.


(1) BEAUCAGE, Visites générales des commanderies de l’ordre des Hospitaliers dépendantes du grand prieuré de Saint-Gilles (1138), Aix-en-Provence, 1982.

(2) Cadastre de 1734, f° 89, archives de la mairie.

(3) COLOMB, abbé, Notice sur la commune de Clamensane, manuscrit de 1861 conservé à la mairie.

(4) FILLET L. abbé, L’ile Barbe et ses colonies du Dauphiné, Valence, 1895-1905, p. 13 et 92. 

(5) Notice sur la commune et la paroisse de Clamensane, abbé Colomb, 1861, manuscrit déposé à la marie de Clamensane. Voir également l’Etude documentaire de la Chapelle Saint-Amand, N. Michel d’Annoville, SRA, 1999.

(6) La posterle du Caire ou plutôt ici postelle est située à 1531 m d’altitude aux confins de quatre communes dit les Quatres Bornes. Le terme apparaît dès le début du XIe siècle et figure très souvent sur les cartes IGN au 1 : 25.000, toujours dans les zones montagneuses et sur les sommets frontaliers. Le manque d’étude archéologique sur ce phénomène incite à la recherche.

(7) BARRUOL Guy, Les peuples préromains du sud-est de la Gaule, Paris, 1975, p. 117.

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Faisait partie du diocèse de Senez et de la viguerie du Val de Barrême, aujourd’hui dans le canton de Barrême. Le territoire actuel couvre 3748 hectares et est situé au sud de Digne en direction de Barrême. Il occupe une zone de moyenne montagne aux reliefs très accentués. Une partie côtoie les rives de l’Asse et était traversé par l’ancienne voie impériale Nice-Digne qui recouvre le tracé de la Via Ventiana ou Salinaria. De nombreux sites antiques ont été repérés ainsi qu’une occupation protohistorique (CAG n° 055, p. 139-141). La commune est formée de la réunion de trois anciennes communautés, Chaudon, Norante rattachée à la fin du XVe siècle et Bédejun ou la Clappe en 1908. Cette dernière communauté ne relevait pas du diocèse de Senez mais de celui de Digne.

CHAUDON

Le village, situé dans la montagne à plus de 1000 mètres d’altitude, était traversé par l’ancienne voie impériale. La première mention remonte au tout début du XIIe siècle puis au XIIIe siècle avec le castrum de Chaudone (1). Une église desservant Chaudon et le Plan-de-Chaude est mentionnée vers 1300, ecclesia de Chaudono et de Plano Chaudoni. Elle est encore citée en 1376 (Pouillés, p. 289 et 292). Abbayes et Prieurés nous apprennent que le prieuré Notre-Dame du Plan est uni au Chapitre de Senez, mais sans fournir aucune date (p. 195). Cette église Notre-Dame est à côté du cimetière, selon la visite de l’évêque de Digne en 1683 (2). En 1697, c’est au tour de l’évêque de Senez, Mgr Soanen, de visiter la paroisse et il demande qu’il sera mis une autre pierre d’autel en la chapelle du cimetière de Chaudon qui estoit anciennement l’église paroissiale ayant interdit icelle qui y est pour n’estre pas suivant la disposition des saints canons. Il fait remarquer également que la chapelle de Norante est une succursale de Chaudon. Tant que la grande route passait par Chaudon, le village fut plus important que celui de Norante. Quand ce passage fut abandonné au profit de la N 85 créée au XIXe siècle dans la vallée, Norante pris le pas sur Chaudon. L’église paroissiale, sous le titre de Notre-Dame du Plan est donc abandonnée lors de la visite de 1683 et va continuer à se dégrader jusqu’à disparaître totalement. Seul le cimetière va continuer sa fonction qui semble avoir commencé très tôt puisqu’on y a découvert des tombes sous tegulae en 1984 (CAG, n° 055, p. 139).

114. Les chapelles Saint-Christophe et Saint-Sébastien

Si la paroisse a comme titulaire Notre Dame, elle a deux patrons, Christophe et Sébastien, qui possèdent chacun leur chapelle. L’abbé Féraud rappelle ces deux fêtes patronales du 20 janvier et du 25 juillet qui se célèbrent avec bravade et attirent beaucoup d’étrangers (p. 98). Celle qui est la plus proche du village, Saint-Christophe, va devenir l’église paroissiale après l’abandon de la première. Elle apparaît sous le titre de Saint-Christophe lors des visites pastorales du XIXe siècle, mais a repris la titulature de la primitive église. On ne sait quand elle tombe en ruine. Il en reste quelques éléments signalés par la carte IGN comme église ruinée.

La chapelle Saint-Sébastien est le seul édifice religieux qui subsiste actuellement et a donc pris le relais comme paroissiale des deux premières. Elle est signalée lors des visites pastorales du XIXe siècle, entre 1857 et 1894 comme étant en bon état.


NORANTE

Le village aujourd’hui fait figure de gros bourg à côté de celui de Chaudon. Il apparaît dès le début du XIIe siècle lors d’une donation faite au monastère d’Estoublon par Rostang, fils de Rainard : ce bien se trouve dans le comté de Senez, dans le domaine vulgairement appelé Norante, qui se situe juste à côté du château nommé Chaudon au diocèse de SenezLes limites et confronts de cette terre sont, à l’orient, le territoire de Barrême, et elle est distincte du château appelé Apellario ; et cette donation, de la terre qui se nomme Aurans, Isenguer, Rovored (3). Cette donation ne peut être antérieure à octobre 1011, date où fut fondé le monastère d’Estoublon. La Gallia Christiana de Fisquet (Senez, p. 200) ajoute qu’en 1027 Pierre Ier, évêque de Senez, fait don au monastère d’Estoublon des églises de Saint-Théofred de Norante et de Saint-André d’Aurent. L’abbé Féraud dans ses Souvenirs Religieux reprend les mêmes données. On retrouve le lieu-dit Aurans avec une église dédiée à saint André. La carte de Cassini l’écrit Dorante, le Bas et le Haut, orthographe rétablie par les cartes modernes en Bas Auran et Haut Auran. Ces lieux-dits se trouvent en rive gauche de l’Asse (750 et 990 m d’altitude), mais il ne reste aucun témoin de l’église Saint-André. Quant à l’église Saint-Théofred de Norante, il est probable qu’elle était construite hors du village, étant antérieure à l’enchâtellement. Il faudrait peut-être la placer à l’emplacement du cimetière actuel. Le titulaire de l’église paroissiale est saint Antoine ermite, mais on ne sait depuis quand.

115. La chapelle Sainte-Madeleine

Elle figure sur la carte de Cassini (n° 153) à la hauteur du village de Norante, entre la route et l’Asse, Ste Magdelaine. L’abbé Féraud (p. 99) révèle que Madeleine est la patronne de la paroisse. La chapelle est citée par les visites pastorales de 1857 à 1894, toujours en bon état. L’enquête sur les lieux de culte de 1899 indique la date de 1840 pour sa construction et qu’on y vient en procession les jours de l’Ascension et de sainte Madeleine. La date de 1840 est sans doute une rénovation puisqu’elle figure sur Cassini. Par la suite, plus aucune citation, elle semble avoir complètement disparu, rien ne la signalant sur les cartes modernes.

BEDEJUN

Aujourd’hui La Clappe, le hameau est situé au nord de Chaudon, après avoir passé le Col de Corobin. Il était également placé sur l’ancienne voie impériale et dans le diocèse de Digne avant la Révolution. Il est dit castrum de Bec de Ju par l’enquête de 1252 (n° 521, p. 351) et l’église avec ses dîmes et dépendances appartient au chapitre de Digne (confirmation de 1180) (5). L’abbé Féraud nous apprend que l’église paroissiale a pour fête titulaire et patronale la Nativité de la Vierge (8 septembre). Elle date de 1606 (p. 102). La carte de Cassini indique deux lieux différents, la Clape comme hameau avec une église et plus au nord Bedejuan avec une ruine entre La Clape et Dourbettes. Il faut sans doute comprendre qu’il y eut un regroupement de la population à la Clappe et que Bédejun fut abandonné. En tout cas, c’est à cet endroit qu’il faut situer le castrum et l’église cités à la fin du Moyen Age et non à La Clappe. Aucune chapelle rurale n’est signalée sur la paroisse.

Synthèse

A Chaudon, la chapelle du cimetière est qualifiée d’ancienne paroisse et on y a découvert des tombes sous tegulae. A Norante, il semble que l’église Saint-Théofred soit également antérieure au castrum et pourrait, elle aussi, se trouver dans le cimetière.


(1) Bouche, p. 278. Ch. Rostaing attribue la citation de 1045 du CSV n° 776, p. 112 à Chaudon, unum mansum in Caldone. Guérard place ce caldo à la Palud-sur-Verdon, ce qui est plus vraisemblable, les divers biens recensés dans cette charte sont tous situés aux alentours proches de Castellane. Pour la citation du début du XIe siècle, voir le paragraphe sur Norante.

(2) Proche de l’évêché de Digne, puisque Bédejun, alias La Clappe, en faisait partie, l’évêque de Digne s’est permis de visiter la paroisse de Chaudon bien qu’étant dans le diocèse de Senez (Visite du 22 juin 1683, ADAHP 1 G 5, f° 58 r°-59 v°).

(3) Chartes du XIe siècle, dans Catalogue des chartes antérieures au XIe siècle (687-1112), par A. Villard et E. Baratier, Arch. des B-d-R, Marseille, 1998, p. 51, n° 54.

(4) P. 51 : Pierre, évêque de Senez fit don au monastère d’Estoublon, en l’an 1027, des églises de Saint-Théofred de Norante et de Saint-André d’Aurens à condition qu’elles seraient desservies par des moines. Augier, évêque de Riez, confirma à son tour la même fondation, en l’an 1096, et l’augmenta par de nouvelles concessions.

(5) Isnard, p. 136 et 305-306.

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Faisait partie du diocèse de Riez et de la viguerie de Digne, aujourd’hui dans le canton de Mézel. Cette commune est établie au sud de Digne et au Nord de Mézel et arrosée par l’Asse. Elle est essentiellement composée de grandes collines boisées coupées par de profonds vallons. Le terroir, de 1053 hectares, n’a jamais abrité plus de 150 habitants, en 1315 et en 1851. En 1471, il n’y avait plus que 30 habitants (Atlas, p. 171). Jusqu’au XVe siècle, elle était composée de deux communautés ou castra, le castrum de Corneto et le castrum de Sullia  (Enquêtes de 1252, n° 523 et 524, p. 351). Ils sont desservis tous deux par un prior de Corneto et un prior de Solia (Pouillés, 1274 et 1351, p. 107 et 111). Est également citée en 1274 une ecclesia Sancti Johannis de Corneto tenue par un rector.  Enfin, la chapelle Saint-Michel de Cousson jouit d’un statut particulier.

110. Notre-Dame de Cornette

Avant de devenir le castrum de Corneto cité au XIIIe siècle, Cornette fut d’abord, comme le qualifie Bartel, un vicus qui vit la naissance du célèbre saint Maxime, abbé de Lérins et évêque de Riez au Ve siècle (1). Il semble que le lieu n’ait pas été abandonné durant les siècles suivants puisqu’on le retrouve ensuite comme castrum. Il est aux mains de l’abbaye de Saint-Victor de Marseille en 1252, castrum de Corneto, majus dominium castrum tenetur pro monasterio Massilie (Enquêtes, n° 351, p 523). L’ecclesia de Corneto est encore citée en 1351 par les Pouillés (p. 111), puis va laisser la place à une unique église paroissiale, celle du castrum rotundum, de Châteauredon, dédiée, comme il se doit, à saint Maxime. Devenue simple chapelle, elle est qualifiée de rurale au XIXe siècle. C’est seulement à ce moment-là que l’on apprend qu’elle est dédiée à Notre-Dame du Mont Carmel, vulgairement appelée de Cornette. La tradition porte que cette dernière a été bâtie sur le lieu même où est né St Maxime ; on ajoute qu’il y est mort (2 V 89) . Elle est aujourd’hui en ruine.

111. La cella Saint-Martin de Solia

Aujourd’hui Suyès, Sueuil pour Cassini,  lieu-dit où subsistent quelques ruines, situé à 975 m d’altitude et à 3 km au NE de Châteauredon, a été, comme on l’a dit, un castrum et une communauté jusqu’au XVe siècle. Il fut le siège d’une cella de l’abbaye Saint-Victor, citée en 1079, 1113 et 1135, sous l’appellation Solia avec une église sous la titulature de saint Martin, cellam sancti Martini de Solia (2). Comme le castrum de Cornette, Solia est dans la main des moines de Saint-Victor comme il est dit expressément dans une charte du début du XIIIe siècle : que les terres au quartier de Solia appartiennent au monastère ainsi que les hommes qui les exploitent (3). Mais les moines avaient déjà reçu des terres en 1010, 1035, 1040 et 1045 à Solia. Nous le verrons à propos de Saint-Michel de Cousson lors des différentes donations faites à cet autre prieuré. La communauté qui comptait 25 feux en 1315, soit 125 habitants, est décimée à la fin du XVe siècle. Le petit fief qu’il constituait est alors rattaché à Châteauredon et l’habitat est partiellement abandonné. Il n’en subsiste plus que des ruines et l’église a disparu. Il faudrait peut-être la situer à 300 m au NE des ruines du village, là où la CAG signale des tombes peut-être médiévales (n° 054, p. 138).

112. La chapelle Saint-Jean

Elle est citée en 1274 par les Pouillés (p. 109), sous l’appellation d’ecclesia Sancti Johannis de Corneto. Gallia ajoute qu’elle est dirigée par un rector (GCN I, Instr. Riez, XXV, col. 386). L’auteur d’Abbayes et Prieurés (p. 61) y reconnaît un prieuré, mais sans dire de qui il dépend. Il n’est plus cité par la suite, sauf en 1860 où il existe une chapelle rurale sous le titre de Jean-Baptiste (cadastre de1812, section B, parcelle 267). Aujourd’hui en ruine, la chapelle est située près du ravin de St Jean, en plein champ. Si son existence est assurée au XIIIe siècle, il est possible, vu sa titulature et son implantation en milieu ouvert, qu’elle soit antérieure à l’enchâtellement. D’ailleurs, elle est dite de Corneto et non de Châteauredon, sachant combien Cornette est antérieur à Châteauredon.


113. La chapelle Saint-Michel de Cousson, haut lieu de pèlerinage

Cousson est une montagne qui culmine à 1516 mètres d’altitude sur la commune d’Entrages, dominant Digne et sa plaine situés au nord. Légèrement en contrebas au sud, sur une arête rocheuse, séparée par un ravin du sommet, mais sur le territoire de Châteauredon, s’élève une chapelle qui fait l’objet d’un pèlerinage. Le fait que le sommet du Cousson soit sur Entrages a entraîné pour certains auteurs la localisation de la chapelle sur cette commune. C’est ainsi que Féraud place Saint-Michel dans le diocèse de Digne alors qu’il fait partie du diocèse de Riez, l’auteur d’Abbayes et Prieurés faisant de même, s’étant fié à Féraud.

Le cartulaire de Saint-Victor fournit plusieurs chartes faisant état des donations faites en faveur des moines et de la cella de Saint-Michel de Cousson. En voici les principales que nous avons pris soin de traduire.

. v. 1010 (II, n° 756, p. 100).
Moi Adalgarde, avec mes fils Archimbald, Guillem, Hugues, Féraud, nous faisons donation, inspirés par la grâce, à Dieu et à Saint Victor, martyr très glorieux du monastère de Marseille, de la cella qui est construite sur le mont Curson en l’honneur de saint Michel, qui est de notre alleu qui est sis dans le comté de Riez, dans le lieu qui est dit Solia.

. 1035 (II, n° 743, p. 91-92).
Au nom de la sainte et indivisible sainte Trinité. Moi, Almérade, prêtre, largement pourvu par la miséricorde de Dieu, j’ai édifié une église sur le haut du mont qui est appelé Curson, en l’honneur de sainte Marie, mère de Dieu et toujours vierge, et en l’honneur du bienheureux archange Michel, et en l’honneur de saint Victor, du monastère de Marseille, et en l’honneur de saint Pierre, prince des apôtres et en l’honneur de saint Benoît abbé, le père des moines très saints et consacrés. Moi, Bernard, évêque et Jaudalus, par la grâce de Dieu évêque de Toulon, et le seigneur Isarn, père abbé du monastère de Marseille, avec tous les autres clercs et moines et chanoines, pour l’oeuvre du monastère, approuvons. Ce sont les cinq autels que, comme nous le disons, nous avons consacré en l’honneur des saints. Nous donnons et cédons la dite église avec ses autels au monastère susdit de saint Victor, avec tous les biens de ladite église. Moi, Almerade, je donne, moi aussi Bernard évêque j’affirme et corrobore. Donc, moi ledit Almérade prêtre donne à ladite église ce qui m’est venu par héritage de mes parents, qui fait partie de l’alleu qui est dit Airamon ou autrement dit Solia ; et en ladite montagne dite de Curson dont je jouis je donne et cède, soit en descendant le mont par le lieu-dit les Clapiers jusqu’à la rive appelée Aquas Calidas (Eaux Chaudes) et puis monte sur le mont pour redescendre au dit lieu Airamon (ou Solia). Et dans la villa nommée Tragilas (Entrages), deux cabanes, une de Pons, l’autre d’André, et un jardin.

. 1040 (II, n° 744, p. 92-93).
Moi Guillaume et mon épouse du nom de Hetbila, nous faisons donation au monastère de Marseille, à la cella qui est construite sur le mont Curson en l’honneur de saint Michel, de notre alleu qui est situé dans le comté de Digne, au mont appelé Curson, au pied du mont dit Podius Regalis ; à savoir, une terre, laquelle terre nous l’avions acquise de notre fidèle du nom d’Ansulfe, et une autre de notre alleu qui est situé dans le lieu appelé Vallis Justini (Vallon de Justin au sud de Digne et non Saint-Juers comme le suggère Guérard).  

. v. 1070 (II, n° 753, p. 98-99).
Moi Isoard, fils d’Ermangarde et Pierre, fille de Béatrix, donnons au monastère de Marseille et au seigneur abbé Bernard, l’église Saint-Pierre qui est dans le comté de Riez, dans la villa appelée Teglas, la troisième partie de ladite église et de tout ce qui lui est adjoint, en dîmes, en primeurs, en cimetières, en offrandes pour les vivants et pour les morts, en vignes, jardins, terres cultes et incultes, en maisons et hameaux. Et sur le vu de ce que nos pères ont concédé, nous confirmons la possession par les moines de Saint Michel archange qui est sur le mont Curson, où bon nombre de nos parents y dorment.

. XIe (II, n° 754, p. 99).
Moi Guillaume je donne à saint Victor et à saint Michel qui est sur le mont Curson, quelque chose de mon alleu acquis par la paix, ce qui est planté auprès de la vigne du prêtre Pons.

. XIe (II, n° 755, p. 99-100).
Moi Garin, je donne à l’église Saint-Michel qui est sur le mont Curson, quelque chose de mon héritage, c’est-à-dire une modiée de vigne plantée dans le castrum nommé Montaniago (Montagnac, canton de Riez).

Tous les auteurs font remonter la création de la chapelle à l’année 1035, se basant uniquement sur le texte de cette année (n° 743). Pourtant un texte antérieur, celui de (vers) 1010 (n° 756), fait clairement constater que la cella édifiée sur le mont Courson existe déjà à cette date avant d’être donnée aux moines de Saint-Victor. Elle appartient à des laïcs comme bien souvent en ce début du XIe siècle où l’on voit des personnages influents faire don d’églises, de cellae et des biens en dépendant aux diverses abbayes. En 1035, le prêtre Almérade rappelle qu’il a édifié une église sur le mont Courson et les évêques de Digne et de Toulon en présence du père abbé de Saint-Victor viennent la consacrer et approuver la donation. S’ensuivent plusieurs autres donations de biens effectuées par plusieurs personnages. L’un d’entre eux, Isoard, en 1070, fait également don d’une église et ajoute que bon nombre de ses parents dorment près de l’église Saint-Michel.

Il existait donc une première cella et sans doute également une église sur ce mont Curson. Accaparées par des laïcs lors des troubles du Xe siècle, elles reviennent dans le giron des moines. Sans doute en ruine, après un abandon de 150 ans, l’église est reconstruite par Almérade et consacrée par deux évêques. Un fragment de dalle sculptée incorporé dans la façade de la chapelle est daté par les archéologues du haut Moyen Age et en 1818 on a découvert une nécropole formée de caissons en lauzes (CAG, n° 054, p. 138-139).

La chapelle va faire l’objet d’un pèlerinage, sans doute depuis sa création. Le premier à le révéler est Gassendi dans sa Notice de l’Eglise de Digne en 1654 : on s’y rend en procession de très grand matin, ou le jour de la fête de l’Apparition du saint archange, ou l’un des jours suivants, et principalement le mardi de la Pentecôte. En 1846, F. Guichard rappelle l’acte de donation de 1035 et relate que la population de Digne et celle de plusieurs villages voisins se rendent processionnellement chaque année à une chapelle qui se trouve placée aujourd’hui sous l’invocation de saint Michel (4). L’abbé Féraud dans ses Souvenirs Religieux (p. 23-25), donne la traduction du texte de 1035 et cite Gassendi. Les visites pastorales de la fin du XIXe siècle confirment la poursuite du pèlerinage qui a encore lieu aujourd’hui. La chapelle a été restaurée en 1894 et 1983 (5).

Synthèse

Avec Saint-Michel de Cousson nous sommes en présence d’un haut lieu, au sommet d’une montagne qui semble avoir été investie par des hommes pieux pour y révéler la présence divine depuis un temps fort long, certainement déjà à l’époque carolingienne et peut-être avant si la dalle sculptée date de la période mérovingienne. Saint-Michel fait partie de ces sites sacrés de hauteur qui marquent de leur empreinte un territoire et les hommes qui l’habitent. Il faut également examiner attentivement les sites de Saint-Jean et de Cornette qui semblent être antérieurs à la fondation du castrum de Châteauredon.


(1) Nous ne citerons que BARTEL, p. 111, qui fait naître Maxime dans le vicus de Corneto seu castro Rotundo. Ainsi que GCN, I, Riez, col. 565 à 569. Cette origine est tirée de sa Vie écrite au VIe siècle par Dynamius.

(2) CSV 2, n° 843, p. 218, n° 848, p. 238, n° 844, p. 227.

(3) CSV n° 983, p. 433 (1211-1213) : quicquid homines de Solia, qui proprie universi ad monasterium ipsum pertinere noscuntur.

(4) GUICHARD F., Essai historique sur le cominalat dans la ville de Digne, Digne, 1846, p. XLV-XLVI.

(5) Plusieurs sites Internet sur le site de la chapelle.

 

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